ILE DE LA REUNION .PRO

GAM : KHALIFE père et fils à Poirel


 

KHALIFE PERE ET FILS EN CONCERT A NANCY

 

 Vendredi 19 janvier 2006. Depuis hier, la tempête sévit en Lorraine. Des vents de 130 km/h balaient les rues de Nancy, projetant les poubelles sur les trottoirs et retournant les parapluies. En allant travailler ce matin, je pense au concert qui doit avoir lieu ce soir à la salle Poirel : un concert de oud... Il y a quelques semaines, j'ignorais tout de cet instrument, jusqu'à son nom. Ce que j'ai découvert sur Internet et sur le virtuose Marcel Khalifé m'ont d'emblée enthousiasmée et j'attends ce concert avec impatience. Alors qu'Eole aille souffler ailleurs sa mauvaise humeur ! Je n'ai pas envie que le concert soit annulé à cause d'une panne d'électricité ou de routes impraticables suite aux arbres déracinés et projetés sur les chaussées comme nous l'avons vécu en 1999 !...

 

 

Le concert débute avec le concerto pour piano & orchestre de Abdallah Al-Masri avec Rami KHALIFE au piano.

Cela commence par le bourdonnement des basses qui accompagnent les notes jouées par le pianiste qui bientôt s'anime et frappe le clavier avec une énergie efficace. Puis l'orchestre enfle et soutient le piano. La musique explose de tous côtés.

Je me sens déroutée par cette musique si différente de celle à laquelle mes oreilles sont habituées, celle que l'on dit "grande" ou "classique".

Je me suis rapidement laissé conquérir par l'ensemble, hypnotisée par le chef d'orchestre (qui applaudit ici le jeune pianiste) et la jeune percussionniste qui s'est démenée comme un joli diable.

Chez les KHALIFE, la musique est une histoire de famille. Marcel KHALIFE joue du 'oud tandis que ses fils, Rami et Bachar, pratiquent respectivement le piano et les percussions.

Rami KHALIFE, 25 ans, ovationné durant plusieurs minutes par un public enthousiaste, revient sur scène avant l'entr'acte pour nous offrir en prime une curieuse composition, entre "accordage" et improvisation.

Lorsque Marcel KHALIFE entre en scène, écharpe vert anis sur un pull sombre, un tonnerre d'applaudissement l'accueille. Si j'avais douté de la renommée de l'artiste, j'obtiens la confirmation qu'il s'agit bien d'une star. Malgré son attitude qui se veut modeste, le charisme du personnage envahit la salle.

Sous les doigts du virtuose, le charme du oud - le luth oriental - opère immédiatement. Dès les premières notes de la Suite andalouse, c'est l'âme orientale qui souffle dans la salle. Fermant les yeux, j'imagine les dunes du désert, un cortège de chameaux à la démarche chaloupée et le regard bleu de Peter O'Tool en Lawrence d'Arabie.

L'orchestre du Gradus ad musicam, magnifiquement dirigé par François Legée qui ne ménage pas sa peine pour guider au mieux ses musiciens, accompagne le 'oud qui se taille néanmoins la part belle de la seconde partie de programme. Marcel Khalife est un enchanteur. Sous ses doigts de magicien, les cordes de l'instrument donnent le meilleur d'elles-mêmes.

Grâce à cet ensemble musical, nous sommes transportés ailleurs, dans un pays où le soleil et la musique bercent le quotidien de ses habitants, dans un pays où le fracas des bombes ne rythmerait plus les jours. En solo ou porté par l'orchestre, le 'oud me fait oublier la grisaille du ciel lorrain et je me laisse volontiers bercer par les chaudes mélodies que l'artiste tire de son instrument.

Les cordes du 'oud vibrent comme sans doute le coeur du public. Certains, comme moi, découvrent ce merveilleux instrument tandis que d'autres, de la même culture que l'artiste sur scène, sont manifestement en des connaisseurs du luth oriental.

Bruyamment rappelé sur scène par un public à l'évidence sous le charme oriental, Marcel KHALIFE prend le micro pour demander à son fils Rami de l'accompagner au piano. C'est une chanson d'amour qu'il va nous interpréter. En excellent français, il traduit brièvement les paroles, s'excusant d'emblée de la pauvreté de son vocabulaire. "C'est tellement plus beau en arabe", dit-il. Sa voix et la mélodie tirée du 'oud sont effectivement très belles. Je ne comprends pas les paroles, mais qu'importe ! C'est aussi beau que l'hébreu ou le russe que je ne comprends pas non plus.

Les initiés parmi le public commencent à frapper dans leurs mains sous les "chuts" scandalisés des mélomanes coincés dans leur retenue occidentale. Marcel KHALIFE, non seulement tolère les battements en rythme, mais encourage ses fans à reprendre le refrain avec lui. Un bel exemple de simplicité et d'humilité qui cloue le bec aux tristes rabat-joie, jaloux peut-être de ne pouvoir se joindre au choeur de notre communauté arabe, mise en avant pour une fois à son avantage, dont les membres s'unissent, toutes nationalités confondues, pour chanter une chanson d'amour.

Marcel KHALIFE nous quitte sous un tonnerre d'applaudissements. Certains se sont levés, souhaitant peut-être offrir une "standing ovation" à l'artiste. Mais les autres n'ont pas suivi le mouvement...

 

En sortant de la salle Poirel, la pluie et le vent nous accueillent. Peu importe ! Les sapins maintenant peuvent bien s'envoler !... J'ai assisté ce soir à mon premier concert de 'oud et je ne regrette pas d'être venue. Je peux maintenant braver les intempéries ; j'emporte avec moi un morceau de soleil libanais...

 

 

 

   

Isabelle Chalumeau (écrivain public)

ZAZ-ECRITOIRE

BP 30125

54715 LUDRES

Tel : 06.70.35.05.76

courriel : isabelle.chalumeau@wanadoo.fr et ichalumeau@free.fr

Sites : www.toutnancy.com/toutecrire et http://ichalumeau.free.fr