ILE DE LA REUNION .PRO

PREVERT CLAME ET GRATTE


 

PREVERT CLAME ET GRATTE

 

Malgré un froid sibérien, une trentaine de spectateurs s'étaient déplacés pour voir et écouter les Rim'ailleurs. L'avantage d'un public aussi restreint est qu'il s'agit à coup sûr d'un auditoire amateur et attentif. Les gens n'étaient pas là parce que cela faisait bien de se montrer à cet endroit ce soir-là ; nous étions là parce que nous aimons la poésie en général et pour certains Prévert en particulier. Nous, nous le découvrions plutôt...

Florent Noblot et Loujé présentaient leur spectacle sur Jacques Prévert au théâtre de Mon Désert à Nancy. Exceptionnellement, à leurs côtés, Pilar, une amie andalouse, les accompagnait aux percussions.

La soirée fut riche en émotions. Il y eut tous ces textes du poète mal connu, dits par Florent sur une musique composée par son ami Loujé. S'il était acteur, on dirait de Florent Noblot qu'il crève l'écran. Sa présence sur scène est immense et sa voix, chaude et forte, vous transperce le coeur. Il y eut ce poème de Prévert en hommage à son ami Robert Desnos, beau et respectueux comme une minute de silence. Il y eut ce cri de Florent qui se poursuivit en une longue plainte lancinante qui n'en finissait pas de nous glacer le sang. Il y eut le rappel des artistes et ce beau poème composé par Florent Noblot qu'il nous offrit comme un cadeau après Noël.

 

 

    En première partie, le poète Philippe Mitre donne vie aux objets habituellement inanimés : un réverbère est le témoin stoïque de tout un remue-ménage quotidien, deux brosses à dents dans un verre ébauchent une histoire d'amour, un couteau et une fourchette vivent un moment très érotique dans le sac de pique nique, etc. Mais en préambule, il nous fait part du trou, ce trou insondable qui effraie tant les comédiens !

 

 

   Toujours en première partie, Elise Chompret et Jilber Fourny chantent pour nous les poèmes de Julos Beaucarne mis en musique par Jilber.

 

 

   
Le désespoir est assis sur un banc (extrait)

Dans un square sur un banc
Il y a un homme qui vous appelle quand on passe
Il a des binocles un vieux costume gris
Il fume un petit ninas il est assis
Et il vous appelle quand on passe
Ou simplement il vous fait signe
Il ne faut pas le regarder
Il ne faut pas l'écouter
Il faut passer
Faire comme si on ne le voyait pas
Comme si on ne l'entendait pas
Il faut passer presser le pas
Si vous le regardez
Si vous l'écoutez
Il vous fait signe et rien ni personne
Ne peut vous empêcher d'aller vous asseoir près de lui
Alors il vous regarde et sourit
Et vous souffrez atrocement

 

 

   
Pater noster (extrait)

Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terrre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l'Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son Océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuilleries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles
Et qui n'osent se l'avouer

 

 

   

BARBARA (extrait)

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie, ravie, ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara

 

 

 

 ÉTRANGES ÉTRANGERS (extrait)

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes de pays loin
cobayes des colonies 
doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d'Italie 
Boumians de la porte de Saint-Ouen 
Apatrides d'Aubervilliers 
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris 
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied 
au beau milieu des rues 
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés 
manoeuvres désoeuvrés
Polaks du Marais du Temple des Rosiers 
Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone 
pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
Esclaves noirs de Frejus
tiraillés et parqués
au bord d'une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boite de cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale 
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

 

 

   

Aujourd'hui
comme en 1925 comme en 1936 comme en 1943 dans la rue Dauphine quand il allait chercher à manger pour ses chats
de la rue Mazarine avant d'être cravaté emporté déporté.
tué ...
par la guerre la police la vacherie et le typhus
je me suis promené avec Robert Desnos
.............................................................
Sur la ville le ciel était bleu fastueux bleu d'orage et de tendre
    furie
Les nuages étaient en habit
Ils s'en allaient à la noce
aujourd'hui
même s'il est mort
à la noce à Desnos
à la noce à Youki

 

 

   
Le miroir brisé

Le petit homme qui chantait sans cesse
le petit homme qui dansait dans ma tête
le petit homme de la jeunesse
a cassé son lacet de soulier
et toutes les baraques de la fête
tout d'un coup se sont écroulées
et dans le silence de cette fête
j'ai entendu ta voix heureuse
ta voix déchirée et fragile
enfantine et désolée
venant de loin et qui m'appelait
et j'ai mis ma main sur mon coeur
où remuaient
ensanglantés
les septs éclats de glace de ton rire étoilé.

 

Pour voir et écouter les Rim'ailleurs, deux rendez-vous proches : le 7 février 2009 au bar l'Estanguet à Metz à 21 h 00 et le 28 février 2009 à la MJC Pichon à Nancy

 

Pour en savoir plus : http://www.myspace.com/lesrimailleurs 

 

(12 janvier 2009)
   Ce reportage a été réalisé par Monique Colin (photos) et Isabelle Chalumeau (texte).
 

 
              Monique Colin et Isabelle Chalumeau (et Véga !)

 

Isabelle Chalumeau (écrivain public)

ZAZ-ECRITOIRE

BP 30125

54715 LUDRES

Tel : 06.70.35.05.76

courriel : isabelle.chalumeau@orange.fr et ichalumeau@free.fr

Sites : www.toutnancy.com/toutecrire et http://ichalumeau.free.fr

Blog : www.zazecritoire.unblog.fr