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Arts d'Afrique Noire


Arts d'Afrique Noire


La fin d'année sera africaine à l'Hôtel de Ville de Nancy. Du 22 au 29 décembre, la salle Mienville découvre une exposition-vente de pièces d'art et d'artisanat, principalement originaires de République Démocratique du Congo : tradition textile, magie africaine, pièces authentiques des années 50...
De quoi transporter l'amateur ou le fin connaisseur dans les magiques contrées du continent africain.
Rencontre avec Cécile LEMARIE PALUSINSKI, organisatrice de l'événement. Son but : promouvoir l'art africain et la culture africaine en Europe.





Toutnancy.com : Pourquoi avoir organisé une exposition d'arts d'Afrique noire à Nancy ?

Cécile LEMARIE PALUSINSKI : J'organise des expositions d'art africain depuis 2 ans en France et ai choisi cette année Nancy car je suis originaire de la région. Je travaille avec deux personnes résidentes en Afrique et me rends régulièrement là-bas pour avoir des données sur les pièces. Pour ce qui est de mon parcours personnel, j'ai fait une Ecole de Commerce et en partie l'Ecole du Louvre et ai travaillé dans une galerie d'art contemporain à Paris pendant mes années d'étude.





TNC : Pouvez-vous expliquer ce qui vous a guidé dans le choix des pièces représentées ? Quelle est leur histoire et comment les obtenez-vous ?

C.L.P : Les pièces présentées sont de 2 types.
Les pièces anciennes années 40-60 (masques, statues, tissus) d'Afrique Centrale. Lors d'un voyage au Congo, j'ai rencontré à Pointe-Noire un collectionneur passionné d'art africain qui a été séduit par mon projet de promouvoir l'art africain et la culture africaine en Europe. Pour l'anecdote, cette rencontre a été passionnante car ce monsieur est en fait né dans un village africain et a été adopté par un Européen lui même collectionneur; il a donc une vision livresque et europénne de l'art africain par son père mais se rends également régulièrement dans les villages à la rencontre des chefs qui lui font partager l'histoire des pièces avec leur charge mystique.

Les pièces artisanales de Côte d'Ivoire me sont fournies par un européen installé à Abidjan depuis quelques années et les pièces du Mali (essentiellement tissus bogolans et terres cuites) par un organisme créé par le Ministère de la culture qui réunit des associations d'artisans pour les aider à promouvoir leur art à l'étranger. En tous les cas, le choix des pièces m'est dicté par le désir de présenter des pièces authentiques et non une production destinée aux touristes et qui n'a souvent plus rien à voir avec la production d'origine.





TNC : En quoi les arts primitifs ont-ils eu une influence sur la création du XXème siècle ?

C.L.P : De nombreux artistes du XXème siècle ont été de grands collectionneurs d'art africain. Certaines pièces de Picasso de sa période cubiste rappellent nettement la forme de certains masques africains (masque pende de l'ensorcellé-Congo). Les tissus Kuba (ntshak) présentés à l'exposition nous renvoient immédiatement à l'oeuvre de Paul Klee (symboles). Et les objets usuels africains continuent à inspirer de nombreux designers européens (poteries...).




TNC : Que reste-t-il aujourd'hui de la "magie africaine" ? Plus particulièrement dans nos sociétés occidentales ?

C.L.P : Le premier constat à faire est qu'un certain nombre de pays africains ont malheureusement perdu cette magie africaine (les danses traditionnelles sont maintenant destinées aux touristes) mais celle-ci persiste encore en Afrique Centrale ou dans quelques pays d'Afrique de l'Ouest comme le Bénin ou certaines régions du Mali. Le recours aux devins et "sorciers" est encore de mise ; on sacrifie les poulets avant les matchs de football pour s'assurer la victoire et la crainte des objets de rituels persiste : pendant la guerre civile au Congo-Brazzaville, mon ami me racontait que les brigades armées n'étaient pas entrées chez lui en voyant toutes les statues au seuil de sa porte par crainte du "mauvais sort".

Je pense que "la magie africaine" dans nos pays occidentaux nous permets d'"échapper" un peu à notre esprit cartésien : même si l'on ne croit pas aux anecdotes, on peut quand même s'interroger et parfois rêver. Les expositions m'ont permis également de découvrir que certains européens restent superstitieux : la crainte des objets de culte existe aussi en France ; certaines personnes n'envisagent pas d'acheter des pièces par peur que celles-ci soient chargées !





TNC : Quelle est la place des arts d'Afrique Noire en France ?

C.L.P : Les Arts d'Afrique Noire ne prennent une place en France que depuis quelques années avec le projet d'ouverture du musée des Arts Premiers. Les objets d'artisanat "envahissent" les revues de décoration ( inspiration ethnique) et le public est de plus en plus curieux.Les dernières ventes aux enchères indiquent un engouement certain pour cet art (enchères impressionnantes pour des pièces qui ne trouvaient même pas preneur il y a encore quelques années) mais l'acte d'achat chez un public moins passionné est encore difficile. (problème culturel, superstitions...)

TNC : En ce qui concerne la vente de certains de ces objets, pouvez-vous nous donner une échelle de prix ?

C.L.P : Les pièces d'artisanat : environ 300-600 FRF pour un masque ou une statue, 200 FRF pour un coussin bogolan, 390 à 1000 FRF pour un grand tissu bogolan, assiettes en terre cuite à partir de 30 FRF et sièges à partir de 1 000 FRF Les pièces anciennes : de 1500 à 5000 FRF pour les pièces postérieures aux années 50 entre 15 000 et 30 000 FRF pour les pièces antérieures des tissus Kuba anciens entre 2000 et 4000 FRF des velours du Kasai pour environ 300 FRF.




Arts d'Afrique Noire, du 22 au 29 décembre 2001, Salle Mienville à l'Hôtel de Ville de Nancy, Entrée libre



Julie Marchal