ILE DE LA REUNION .PRO

Spook and the guay : On n'est pas un groupe


Spook and the guay
"On n'est pas un groupe festif"

Leur troisième album Vida Sonora étant sorti en 2002, les Spook and the Guay ont eu le temps de le faire mûrir sur scène. Si cet opus reste dans la même lignée que Mi Terra et Ocho Rios, il n'en demeure pas moins le plus abouti techniquement et reste à ce jour le meilleur souvenir d'enregistrement du groupe. Normal, les trublions savent s'entourer. Citons le réalisateur Dimitri Tikovoï -qui travailla notamment avec Placebo- , Roger Johnson -célèbre DJ du non moins célèbre Moby - ou Mano Solo qui interprète le titre Superman. Arrivés à la fin de la tournée, les Spook dégagent toujours la même énergie dantesque qui fait d'eux un "indiscutable groupe de scène" (première formule indétrônable, au cas où certains seraient des groupes de non-scène) et l'un des fleurons des groupes festifs français (deuxième formule indétrônable qui persiste, au cas où certains feraient la gueule...). Concernant ce second idiotisme, notons au passage qu'il énerve les Spook.....
L'un rêvait, étant petit, de conduire une pelleteuse ou une voiture avec un gyrophare. L'autre adore plus que tout consommer des sandwiches froids et pâteux dans les stations-services. Les deux sont la voix de Spook and the Guay.
Rencontre avec Nicolas Birotheau
et Xavier Couderc.
(cliquer pour agrandir les photos)




TNC : Votre troisième album "Vida Sonora" est sorti il y a un an. Vous avez signé chez Virgin et cet album était censé marquer un tournant dans votre carrière. On a lu dans la presse que c'était un album très différent des deux autres, que vous vouliez vous défaire de cette étiquette de "groupe festif" qu'on vous rabâche sans cesse, que vous risquiez même de perdre votre public. Alors la période "promo" passée et la tournée presque terminée, pouvez-vous maintenant tirer un petit bilan ?
Xavier :
Le public, on ne l'a pas perdu car la tournée se passe très bien. C'est clair que les gens ont peut-être été un peu surpris au début par la direction qu'on a prise. On pensait bien qu'on allait peut-être décevoir un noyau de fidèles. Mais dans tous les cas, on n'a pas changé sur scène. Même les nouveaux morceaux semblent bien passer en live.
Nicolas : Tu sais, depuis que le groupe existe, on a tout simplement évolué. On a mûri en tant que groupe, on avait envie d'essayer de nouvelles choses, on a voulu approfondir musicalement certains styles qu'on n'avait jamais touchés. On s'est jamais dit qu'il ne fallait pas faire telle ou telle chose parce que ça n'était pas assez festif. Surtout pas !
Xavier : Et ça n'a rien à voir avec Virgin ! On se connaît tous depuis des années, je pense que notre musique est une alchimie cohérente, on progresse ensemble. On a envie d'aborder pleins de styles, vraiment, mais il y a certains trucs qu'on ne fera jamais, c'est clair. On ne touche pas à la pop anglaise ni au gothique.

TNC : Le death ?
Nicolas :
Très peu (rires)
Xavier : Je trouve que même avant le dernier album, on faisait quelque chose d'éclaté. On n'est ni des puristes du reggae, ni de vrais rockers.

TNC : Mais de vrais alternatifs apparemment. Vous vous reconnaissez dans la continuité de ce mouvement des années 80.
Xavier :
Peut-être un peu ouais. On est nés à ce moment là de toute façon.
Nicolas : Le mouvement alternatif nous a beaucoup influencé même si nous sommes arrivés à la fin. Mais attention, ce n'est pas ce qui nous a créés ! On a vu les groupes évoluer, les bons côtés du mouvement indépendant notamment, mais on a aussi été attentifs à la dérive de certains groupes. Tout le monde était copains, ils ne signaient plus de contrats. Nous on se sent comme la Ruda, les Marcel, Mister Gang et pleins d'autres, on est tous issus de ça, on a su tirer le bon du mouvement alternatif.

TNC : Avec "Vida Sonora", vous avez la possibilité de vous adresser à un nouveau public, alors que Spook and the Guay existe depuis le début des années 90. Avant vous étiez assimilés à la scène alternative, pour ne pas dire underground. Comment vous vivez ça ? Il y a tout un esprit qui va avec. Fini les petites scènes, les concerts sauvages et compagnie. Dix ans dans l' alternatif et en indé, ça vous forge pour ne pas vous faire bouffer ?
Xavier : Peut-être, mais on n'est pas si mal dans nos chaussures ! C'est pas la priorité de Spook and the Guay de vendre des disques. Mais je pense que c'est toujours une bonne chose pour un groupe d'avoir une expérience derrière soi avant de signer et d'autant plus chez une major. Pendant 10 ans, c'est vrai, on a fonctionné seuls avec un petit label, et tout d'un coup, les majors sont arrivées en voulant nous signer, Virgin et d'autres. On a dû choisir, mais on pensait que ça arrivait à un moment logique, bref, on se sentait prêts à le faire. On ne s'est pas senti en danger en signant à ce moment là. Si on avait signé cinq ans avant, peut-être que ça aurait été une erreur de notre part et peut-être que Spook and the Guay n'existerait plus actuellement. Mais ça, on ne peut pas le savoir.
Nicolas : On avait aussi senti qu'on avait peut-être atteint les limites de ce qu'on pouvait faire avec un label indépendant, et qu'on avait envie d'aller un peu plus loin. Avec plus de moyens pour faire le disque notamment, en étant plus entouré aussi.

TNC : Donc prêts pour le quatrième album ?
Xavier : On va se mettre à composer. Pour l'instant, ça en est au stade de l'embryon, du foetus (rires).

TNC : La langue française est très présente dans "Vida Sonora", contrairement aux deux précédents albums. C'est quelque chose que vous allez développer davantage ?
Nicolas :Ouais, on aimerait bien. Mais bon après c'est toujours pareil, ça va dépendre de la qualité de ce qu'on produit. Mais c'est vrai que nous nous sommes rendus compte de ce que écrire en français pouvait nous rapporter en plus. Ça change le rapport qu'on peut avoir avec le public parce qu'ils comprennent immédiatement les paroles, ils ont plus de facilité à s'approprier les morceaux.
Xavier : Forcément, il y a des esthétiques dans chaque langue. Il y aura toujours des trucs qui passeront moins bien qu'en anglais ou en espagnol. Mais on va essayer de plus écrire en français maintenant, pour que les gens nous captent.

TNC : Idem par rapport à vos textes ? Pour qu'on vous capte mieux, vous levez le pied sur vos "coups de gueule" ?
Xavier : C'est vrai que c'est plus nuancé qu'auparavant. On ne cherche pas à sauver le monde parce que bon, il y a du boulot ! (rires) Et puis on a vieilli aussi, on revient plus sur soi maintenant.
Nicolas : C'est peut-être dans la forme qu'on a progressé, disons que nous faisons les choses de manière moins directe. Dans Vida Sonora, c'est vrai que nous sommes plus nuancés mais il y a quand même des textes qui sont "sérieux". Mais bon, on n'est pas larmoyants.
Xavier : Tu sais, on connaît pleins de groupes qui en rajoutent des tonnes et tu te rends compte que derrière, c'est creux.
Nicolas : Il y a par contre cette volonté chez nous de ne pas tomber dans la démagogie. On ne s'est jamais pris pour des porte-paroles de quoi que ce soit. On reste à notre place. Mais bon, aucun de nos albums n'a été fait après une réflexion préliminaire. On ne s'est jamais dit que tel album allait avoir tel thème. Ça nous vient plus instinctivement.

plus d'infos sur : http://www.spookandtheguay.com

septembre 2003
interview réalisée lors du Free Days Festival - Prodige Music
Julie Marchal

retour reportages Free Days Festival





reportages toutnancy