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ILE DE LA REUNION .PRO

Aston Villa : plus de doute : une référence


ASTON VILLA : PLUS DE DOUTE...UNE REFERENCE

Aston Villa s'est posé le temps d'une soirée, vendredi, à Vandoeuvre-les-Nancy. Et si la salle des fêtes n'affichait pas complet, les fans ont su recevoir le groupe. Comme d'habitude, les quatre garçons n'ont pas eu à se forcer pour prouver leur talent sur scène. Forts du succès de leur live acoustique et en pleine tournée de promo de leur nouvel album, "Strange" (à prononcer à la française), ils ont offert au public des extraits de ce dernier comme le déjà consacré "Le chien". Evidemment, ils ont aussi joué leurs tubes "Raisonne", "Si les anges" ou bien encore des titres tels que "L'âge d'or" ou "A l'envers"... Visiblement, Aston Villa ne connait pas l'expression "avoir la grosse tête", comme en témoigne la rencontre avec Fred, le chanteur.

Tout a l'air de bien marcher pour Aston Villa en ce moment, rien ne semble pouvoir arrêter cette marche en avant... et ce n'est pas Fred qui peut dire le contraire. Content d'être sur la route depuis deux mois, Fred respire la sérénité et parait comblé par leur dernier album.... "C'est très agréable, très maléable, il y a une très bonne compréhension du public... pour le public qui nous suit depuis longtemps, c'est une évolution logique". C'est vrai que "Strange" est un album différent des deux autres... mais si "Aston Villa" était un premier jet, bien rock avec un son brut, "Extraversion" dévoilait déjà une facette plus nuancée avec des samples et des moments plus calmes. Ceux qui les ont découverts à leur début, au milieu des années 90, n'ont donc pas été vraiment surpris par ce nouvel album. D'ailleurs comme le dit Fred lui-même, "il n'y a pas de contraste, excepté un léger virage pop, c'est toujours la même griffe." Effectivement, et personne ne s'y trompe, public et professionnels du milieu musical saluent désormais Aston Villa comme il se doit, une reconnaissance qui fait du bien. "On arrive à un moment où Aston Villa est reconnu avec une personnalité forte, au niveau du son, des textes, de la touche...", explique-t-il. Aston Villa avait de l'ambition et le groupe a eu raison de persévérer, ça paye, "tu fais pas un groupe pour jouer dans ta cave... enfin au début, si... mais après ça se décide, et tu le sais rapidement. Quand t'es laché dans la jungle, dans le milieu, en France, ça prend du temps..." Comme quoi la patience est une grande qualité...

Rome ne s'est pas fait en un jour, et bien Aston Villa non plus... avant que les radios commerciales daignent les diffuser et avant de recevoir une Victoire de la musique, le groupe a connu des galères... Formé en 1994, sous l'impulsion de Fred et de Hoss (parti en 2000), le groupe a vu sa constitution changée régulièrement. Très lucide, Fred en parle en ces termes, "il y en a qui abandonnent sur la route, tu ne peux pas retenir les gens s'il n'ont pas envie de rester, ça n'a aucun intérêt". En tout cas entre le groupe et ceux qui les entourent, on peut parler de réelle fidélité, "on porte bien notre nom, Aston Villa (nom choisi, entre autres, en hommage à une équipe anglaise de foot), c'est un travail d'équipe, c'est toujours les mêmes personnes avec qui on travaille depuis huit ans, le même éclairagiste, le même ingénieur du son,..." Mais surtout Aston Villa a souffert d'un manque de confiance de deux maisons de disques qui les ont lachés, l'une et l'autre, après le relatif échec des deux premiers albums. Des claques qui marquent bien évidemment... "T'as vachement de distance par rapport à ce milieu, t'essaies de faire le mieux possible, d'avoir la motivation, quand tu te dépasses, le public le remarque", confie Fred. Un succès donc mérité qui n'empêche pas le groupe de garder la tête froide, "on a de très bonnes critiques, on fait de très bons concerts (...) on a plus de sérénité, mais sérénité ne veut pas dire se reposer sur ses lauriers. Pour éviter d'installer des habitudes, on se remet en question, on a la volonté de se surpasser sur scène, de prendre des risques, d'avoir du culot, c'est vachement important", affirme-t-il.

C'est certainement pour ces raisons que le nouvel album d'Aston Villa n'est pas qu'une pâle copie des précédents. "Strange" parait plus sombre, au moins musicalement, une impression que cherchait à susciter le groupe. Pourtant Fred nuance, "il y a quand même des chapitres plus ensoleillés, comme "Le chien". On voulait mettre en lumière certaines de nos facettes, "Strange" est emprunt de messages plus optimistes : prendre du recul, trouver la paix, comprendre qu'il n'y a rien à comprendre, conclure que tout peut s'arranger avec un peu de bonne volonté. Par exemple, dans "Voiture française", ce sont des mecs qui vont se refaire une virginité..." En tout cas, le titre de l'album colle parfaitement à son contenu, là-dessus, Aston Villa ne s'y est pas trompé, "ça réflétait un bon nombre de chansons un peu surréalistes comme "Le chien" ou "Strange" elle-même", confirme Fred. Ce côté un peu spécial est renforcé par une pochette des plus intrigantes, représentant les quatre garçons en costard avec une tête de chien. Encore un moyen de faire passer un message, "c'est pas des super-héros, c'est inspirer une demande que pourrait avoir l'être humain : est-ce qu'il n'existe pas d'autres civilisations plus intéressantes et qui pourraient nous montrer le bon chemin...?"

Sur ce troisième album, on retrouve avec plaisir la plume de Fred. Une écriture dans la même veine qu'avant, encore plus aboutie. Pourtant comme de nombreux autres auteurs, il ne couche pas les mots sur papier sans douleur. "C'est une prise de chou pour faire sonner la langue française, pour qu'elle ne paraisse pas franchouillarde et que ça colle à notre musique. J'ai pas été bercé par Les Têtes Raides, mais par les Anglo-Saxons. On verra dans trois autres albums, si ça deviendra une oeuvre...", dit-il amusé. Résultat : des chansons pleines de subtilités, "j'ai pas imposé une interprétation unique aux chansons, c'est les gens qui se les approprient... j'avais pas compris ça au début", analyse Fred.
Pour l'anecdote, on peut signaler la participation de quelques stars françaises, certaines très surprenantes (Jean-Pierre Coffe ou certains Robins des Bois) sur le titre "Slowfood". Et puis pour ne rien gacher, Aston Villa s'offre aussi un joli duo avec Hawksley Workman, digne représentant du renouveau glam rock, "une grande rencontre", selon Fred. Vous l'aurez compris, Aston Villa sait se rendre incontournable. Côté artistique, un dernier album réussi, une pêche sur scène, côté humain, une gentillesse et une intégrité à toute épreuve... le groupe rêvé en quelque sorte.

Erica WALTER
16/12/2002