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ILE DE LA REUNION .PRO

Merzhin


Ils sont musiciens et bretons mais ne jouent ni treujenn gaol, ni veuze, encore moins du bignou. Amusés de se voir baptisés "bardes", "lutins" ou "elfes" dans la presse, ils précisent que cette même presse qualifie leurs albums de "galettes bretonnes" sentant bon le "chouchen ( ! ). Certains pousseront même le vice en présageant une musique "légendaire sortie tout droit de la forêt de Brocéliande" (forêt merveilleuse où vécut Merlin -merzhin en breton, ça y est on y est- et fruit de moultes légendes celtes). Le cliché est facile et tout à fait acceptable mais, répété à outrance, commence à fatiguer.
La tournée officielle des 6 compères de Merzhin ne commence qu'en janvier mais le public nancéien fait partie des privilégiés et a pu les voir en exclusivité lors d'un concert organisé par Prodige Music au Terminal Export le 12 décembre dernier.
Pierre au chant et Ludo à la bombarde se sont prêtés au jeu de l'interview, guettant le moindre faux pas et la moindre tentative de comparaison avec Alan Stivell.
Merzhin ne fait pas de la musique celtique mais du rock breton, cause peu avouable de nos jours et pourtant...


Ludo et Pierre

Dès leur début, on a étiqueté la musique de Merzhin de "rock celtique". Non que cette dénomination soit à connotation péjorative, mais elle a indéniablement induit en erreur. L'appellation "rock celtique" engendre deux sortes de réaction. Soit elle ameute en son sein tous les aficionados du genre, soit elle rebute un public plus hermétique, peu enclin à l'effet Pogues, Tri Yann et consorts. La musique celtique, on aime ou on n'aime pas, mais il ne semble pas y avoir de juste milieu. On a connu il y a quelques années, un certain engouement pour le rock dit celtique, avec des groupes comme Matmatah ou Manau pour ne citer que ceux là. Exemples plus que limités mais ce sont pourtant les deux groupes que la majorité retient. Alors quand un nouveau groupe "celtique" apparaît sur la scène musicale, qu'entend -ton ? "En voilà un de plus !" Ce qu'on ne dit pas lorsque émerge un nouveau groupe de jazz, de pop, de métal...
Le rock celtique a mauvaise presse, on s'en lasse, on en a entendu un, on croit les avoir tous entendus. Alors quoi de neuf ?

"La musique celtique existe depuis 1000 ans. Alors il faut arrêter de parler d'effet de mode" indique Pierre. "Et la Bretagne est la région de France qui sort le plus d'albums. De là à dire que tout ce qui vient de notre région est "musique celtique"...Miossec fait tout sauf du celtique". On l'aura compris, il ne faut pas trop les titiller sur ce point. Pourtant, les membres de Merzhin revendiquent leur "rock breton", mais loin des stéréotypes qui perdurent.
Pleine Lune
, le premier album de Merzhin sort en 2000, après un 5 titres live prometteur, Première Lune, sorti en 1999. L'un et l'autre sont vendus à 40 000 exemplaires, autant dire que la fureur qui habite les 6 bretons s'est propagée à vitesse grand V. La détresse dûe au kidnapping de leurs Nains de Jardin, la galère suite à La Panne de leur cariole, la complainte du soiffard qui s'enquille de téquila y biera à l'Hacienda avec bobonne qui rouspéta sont autant d'aventures rocambolesques contées dans Pleine Lune.

 

12 titres déjantés sur des airs de ska, de rock tonitruant et d'envolée de... bombarde. Car la voilà la "celtic touch". Une bombarde, ancêtre du hautbois, qui rappelle les origines bretonnes de Merzhin. C'est tout, point trop n'en faut !
Ludo, maître de l'instrument, explique. "On a adapté la bombarde aux musiques actuelles. Pourtant, on essaie de sortir des clichés. On aime bien Alan Stivell et Tri Yann, mais bon, on ne fait pas la même chose. Disons que nous faisons du rock breton festif."
"Pour en revenir à l'engouement pour le rock celtique d'il y a quelques années, on l'a pas vécu. On a profité de la dernière trace de la comète." précise Pierre. "A notre connaissance, on est les seuls a avoir fait un deuxième album qui reste dans la même lignée que le premier. Nous n'avons pas retourné notre veste".



Et sans s'épuiser, car avec Adrénaline, sorti en août 2002, Merzhin s'est au contraire étoffé. "Depuis deux ans d'intermittence, on ne fait plus que de la musique. Et Adrénaline est le fruit de ces deux années. On a pris notre temps pour le faire, c'est-à-dire deux mois de studio pour enregistrer, mixer etc. Pour situer le truc, on avait mis dix jours pour Pleine Lune..." raconte Ludo. "Quand on a enregistré les morceaux pour Adrénaline, on trouvait que la première mouture était trop rock, que ça détonait plus que Pleine Lune. Nous, on veut faire un mélange de pleins de choses. Du rock, du ska, de la musique bourrine, de la musique plus soft, des morceaux qui sonnent "breton", des morceaux qui le sont un peu moins. Mais il faut une dynamique dans un album. Sur 19 morceaux, on en a gardé 13. On privilégie une approche mélodique sans être réfractaires. On n'a pas hésité à mettre des machines dans Adrénaline" précise Pierre.

Adrénaline
est "plus mordant" que le premier album, limite enragé. Des titres comme Le Petit Manager ou Maximum dans lesquels ils nous proposent leur propre vision sur la profession ; l'épopée d'une tournée de bar avec Maillot Jaune ("Enfin l'oeil vitreux et le visage pâle / Je m'vois décorer de la gerbe finale") ; la confidence d'une belle histoire d'amour avec Et Toi et Moi ("Tu m'as dit des trucs, je t'écoutais patiemment / J'ai regardé dehors, la tête ailleurs un moment / Le jour s'est levé, t'étais encore en train de parler / J'écoutais même plus, tes conneries ça me fatiguait").

Ils poursuivent leur délire de la première heure en jouant parfois sur plus de sérieux, notamment avec 2 titres.
"On a joué avec Wig a Wag, un groupe de Tours, puis ils ont participé à notre morceau Poursuite sur Adrénaline. Ils ont une approche mélodique qu'on aime bien, avec des violons, une cornemuse... C'est un groupe plus traditionnel que nous, d'ailleurs ce sont eux qui ont écrit les parties en langue bretonne" explique Ludo. Pierre enchaîne : "Et pour le titre Bandit, on a invité le chanteur de Red Cardell. Du fait de notre musique et de l'image qu'on avait, on est restés enfermés sur la scène celtique. On a fait pas mal de festivals dits celtiques, joué avec pas mal de groupes de cette mouvance. Du coup, on n'a pas encore trop eu l'occasion de rencontrer d'autres groupes. Mais on a quand même fait le Nancy Jazz Pulsation il y a deux ans, avec les Saïan Supa Crew et .....Saez..."



De mi-janvier à fin octobre, Merzhin sera en tournée à travers toute la France. L'occasion pour eux de présenter Adrénaline et de démontrer tout leur talent scénique. Car si certains artistes feraient bien de rester dans leurs studios, Merzhin doit au contraire s'aérer et armé de patience et de courage, faire fi des derniers réfractaires. Merzhin est incontestablement un groupe de scène. On les rapprocherait, peut-être maladroitement, de fêtards tels que Ceux qui Marchent Debout, les Kargols, Mes souliers sont rouges, bref, de tout ces gens qui font que la fête se poursuit après le concert.

"A l'époque du premier album, Pleine Lune, on a refusé un contrat d'artiste car on n'avait pas envie d'être pieds et mains liés avec les majors. On veut rester auto-produits. On ne veut pas qu'à un moment donné on nous demande de lever le pied pour faire une musique formatée, qu'on nous impose une nouvelle manière de faire notre travail" termine Pierre. Ca peut paraître prétentieux, immature, voire carrément suicidaire, mais leur raison est louable. Une bande de fanfarons convaincus et "que s'apelorio"... Merzhin (Je suis sûre qu'on ne leur avait jamais faite celle là...).

A noter : pour ceux qui achèteraient Adrénaline au mois de décembre, s'y trouve un bonus de trois morceaux live.
Ce trois titres est aussi disponible (5000 exemplaires) pour la somme de 5 €.


site officiel :
http://www.merzhin.net/index.html

16/12/2002
Julie Marchal