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Nostromo : On fait de la musique bordélique


Nostromo
On fait de la musique bordélique mais...

L'attentat sonore "Ecce Lex" est sorti en novembre dernier ; les tapageurs genevois sont sur les routes européennes et relancent la machine infernale. Si tout ce qui est extrême n'est pas grindcore, Nostromo fait dans les deux, furieusement et sans compromis. Un album qui dure à peine 35 minutes mais qui retourne le cerveau, c'est brut, bref, concis et ça va droit à l'essentiel, comme un orgasme. "Ecce Lex" ne laisse pas le choix à celui qui l'écoute si ce n'est de serrer les dents et attendre que ça passe... on peut aussi simplement appuyer sur stop... Rencontre avec Lad et Jérôme.



Lad (basse) et Javier (chant)


Si l'on en croit la définition de l'Encyclopédie Larousse, "la musique est un art qui permet à l'homme de s'exprimer par l'intermédiaire des sons". Donc, Nostromo fait bien de la musique. La remarque est facile, mais ils le reconnaissent eux-mêmes, "ce qu'on fait est inaudible pour 99% des gens". Pourtant, lorsque le groupe se produit sur scène, l'événement est fédérateur et rassemble les adulateurs de mosh pit et hard dancing.
Nostromo germe en 1996 et sort Argue deux ans plus tard, chez Snuff Records. Les concerts qui en découlent sont fastes puisque le groupe débarque dans la subdivision Mosh Bart -label rennais-, union qui accouchera du 5 titres Eyesore en 2000, production qui confirme que Nostromo est bel et bien décidé à tout faire exploser. Ils n'épargent pas grand monde (enfin du public enclin au grindcore car n'est pas grind qui veut) et écument la France, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, l'Angleterre... 2002, Ecce Lex (Voici la Loi, en suisse) poursuit le délire "General Brutal Noise Attack" de destruction sonique.


Jérôme (guitare) et Maik (batterie)

Ceux qui n'y comprennent rien pourraient dire que Nostromo, c'est un déluge agressif, excessivement violent, des chants hystériques car gutturaux, du bruit brutal. Les grindeux diront de Nostromo que c'est un clan donnant dans le déluge agressif, excessivement violent, avec des chants hystériques car gutturaux, du bruit brutal. Tout le monde est d'accord. Or, selon les connaisseurs, Nostromo, bien que groupe enragé, a le mérite d'opter pour de nombreux changements de rythme, évitant le côté ultra répétitif et lassant du grind. "On est des potes avant tout" déclare Jérôme, "on n'a pas de stratégie. On fait de la musique très bordélique mais on essaie de faire au mieux pour faire avancer le schmilblick. Nostromo a réellement démarré avec Eyesore. Notre chance est d'avoir pu beaucoup tourner en France".

"Mais tu vois, on n'est pas du tout dans une logique conceptuelle, le fait de faire pas mal de scène ensemble nous fait évoluer, mais à la base, on ne sait jamais trop où on va" poursuit Lad. "Quand on compose un morceau, il a jamais la même gueule que ce qui était prévu. Des fois c'est grind, des fois pas. La plupart du temps, c'est Javier qui amène les idées de base, nous on déboule ensuite avec les riffs et des idées de rythmique". Ecce Lex est tout aussi bourrin que les autres productions made in Nostromo Land. Même rapidité, même agressivité, même rafales de basse/batterie et riffs de guitare surpuissants. 12 titres, dont une reprise de Unwillingly and Slow des grindeux nancéiens Blockheads, qui s'enchaînent en une demi heure, un vrai sprint. On a un doute à un moment donné sur l'un des morceaux. Sunset Motel semble se démarquer en plein milieu du reste de l'album, car même si l'on ne peut qualifier ce titre de calme, comparé au reste de l'opus...quand même.

Titre qui a au moins le mérite de retenir toute l'attention de l'auditeur qui peut se demander si la chaîne n'a pas zappé de lecteur. Leurre musical, puisque Sunset Motel s'engage finalement rapidement sur la voie Grindcore et nous assure sans conteste qu'on est toujours en pleine écoute de Nostromo. Enfin il y a aussi une petite surprise pour ceux qui écouteront l'album entièrement... "Il n'y a pas de Diktat au sein de Nostromo. On a finalement un côté très contrôlé avec une démarche quasi-mathématique. On a une musique élaborée mais on ne cherche à impressionner personne. Le point central, c'est le riff et on insiste sur la rythmique. Même si ça en a pas l'air, ça demande une grosse réflexion sur les structures" précise Lad. "Nos interludes End's Eve et Turned Black sont comme des provocateurs de dynamique, elles sont stratégiques et entrecoupent l'album pour permettre une relance grind." ajoute Jérôme. "Ca relance le truc et ouais, tu t'en prends plein la tronche pendant une demi heure. Tu vois, on est vraiment dans cette dynamique et surtout pas dans le délire politique par exemple".

Ecce Lex a cette petite particularité, plutôt appréciable, d'avoir été enregistré et mixé en Suède par sieur Miezsko Talarczyk, membre de Nasum. "On a rencontré Miezko pendant la tournée de Napalm Death . Nasum, c'est des bons foireurs et on a assez vite décidé de travailler ensemble, même si en ce qui nous concerne, c'était une idée qui nous trottait depuis pas mal de temps dans la tête, car c'est quand même Nasum ! (rires)" raconte Jérôme. "C'est quelqu'un dont on admire le son, la renommée mais aussi et surtout, on adore le côté humain du personnage. Il a sa patte et on a pas hésité à partir en Suède pour bosser avec lui. De plus, le fait de s'immerger dans un autre pays, ça aide. Cette session en Suède a été mythique". Qui dit mythe... dit Napalm Death et Jérôme ne peut s'empêcher de faire une petite parenthèse pour aborder son admiration pour le groupe. Nostromo a d'ailleurs repris Pull the pin sur Eyesore. "Napalm Death a inventé le grind ! Quand je me suis retrouvé face à eux pour la première fois, j'étais en complète admiration, c'était magique. Je les écoutais quand j'étais gamin et j'ai toujours été fasciné. Ils sont restés si humbles".

"Tu sais, Barney (ndlr : le chanteur de Napalm Death) a dit que le côté romantique de ses 20 ans qui consistait à dire "à bas le système" c'était bien, mais qu'il avait aussi envie de vivre avec sa musique, tout simplement" ajoute Lad. Le bassiste approche le sujet de l'évolution de Nostromo et du fait qu'ils tournent de plus en plus. "Y a une fusion entre le HXC et le Métal. Ca sera de moins en moins facile de différencier les deux, surtout dans la scène underground. Lorsqu'on l'on pense à l'underground, automatiquement on pense à quelque chose en marge qui rassemble peu de monde. Dès que tu vends, tu deviens commercial et donc tu sors de l'underground. Nous on a envie d'attirer les gens mais dans notre esprit, on se sent faire partie de la scène underground, c'est pas incompatible".
"En plus, faut vraiment se démerder pour gagner un minimum de poignon et on est loin d'être fortunés !" (rires) déclare Jérôme. "En Suisse, le système des Intermittents du Spectacle n'existe pas, il n'existe aucune structure d'aide et d'encadrement financier aux artistes. Donc pour vivre de la musique dans notre pays, faut ramer, et je te parle même pas des clivages linguistiques. Nous on vient de Genève, donc pour nous, c'est là que ça se passe". Lad ponctue : "On se sent libres musicalement et on n'est pas du tout commercial car on ne réfléchit pas en fonction de cette logique. Quand tu fais des choses en fonction du public, tu fais du business, pas de la musique".

 



photos concert Prodige Music au Terminal Export-Nancy
avril 2003
site officiel de Nostromo : http://www.noiseaddict.com
17/04/2003
Julie Marchal