ILE DE LA REUNION .PRO

OVERHEAD - No Time Between


Overhead



OVERHEAD
No Time Between

D'Overhead, oubliez tout ce que vous savez. S'éloignant des ambiances jazzys de Silent Witness (2002) pour des aspirations plus rockailleuses, No Time Between (2004) recèle d'ambiances planantes aux accents Coldplay, Radiohead et autres Madrugada. Fantasmes de fog et spleen à la Jeff Buckley en toile de fond, Overhead 2è génération s'épanche dans d'envoûtantes progressions introspectives qui, ponctuées d'explosions de guitares électrisées et légèrement acidifiées, s'élèvent dans une rage toute british.
Rencontre avec Nicolas Leroux, Chakib Chambi et Richard Cousin.

En concert pour le Nancy Jazz Pulsations, vous venez de sortir de scène. Alors, une impression ?
Nicolas :
Bonne impression, on a bien joué. Il y a eu une réponse un peu timide de la part du public, mais au final ça s'est un peu décanté. Bon, un peu comme d'habitude d'ailleurs. Mais c'était attentif.

Vous rôdez votre show. Votre nouvel album No Time Between est sorti au mois de mai mais vous en êtes au début niveau concerts.
Nicolas :
Carrément ! On en est à une dizaine.
Chakib : Je trouve aussi qu'on a fait un bon concert.

En même temps, tu ne me diras pas que c'était naze.
Chakib : Ah si, je peux dire que c'est naze ! Par exemple le dernier concert qu'on a fait était naze mais celui-ci était beaucoup mieux. Nous on était dedans mais c'est vrai que la réaction du public ne suivait pas forcément le jeu qu'on a donné. Alors soit le public ne connaissait pas, soit on a mal joué, je ne sais pas.

Ce soir, vous étiez en première partie de Laetitia Shériff. Quand je regarde la programmation du Nancy Jazz Pulsations, je me dis que je vous aurais bien vu avec The Servant aussi.
Nicolas : Je préfère largement Laetitia Sheriff à The Servant ! Je trouve qu'on est assez compatibles avec Laetitia car on a des influences vraiment communes. Quant aux Servant, le chanteur m'énerve de toute façon et je ne peux rien faire pour eux (rires). J'ai beaucoup aimé Big in Japan dans les années 80 et je trouve ça dommage que ça ressorte dans leur single maintenant.
 


Quand on parle d'Overhead, on parle beaucoup de toi Nicolas, étant donné que c'est toi qui es à l'origine de ce groupe. Deux albums et deux formations différentes, donc deux Overhead. Est-ce que la notion de "redépart" te convient ?

Nicolas : Je suis d'accord avec ça, car ça a été voulu et pensé comme ça. Après la fin du premier album Silent Witness, Chakib est arrivé pour nous prêter main-forte avec les guitares sur scène. Il a déclenché un doute chez moi, donc tout est de sa faute (rires). C'était un doute par rapport aux influences que je voulais retrouver dans ma musique et que je n'avais pas dans la première formation.

Silent Witness était plutôt jazzy alors que ce redépart s'oriente vers des sonorités rock avec No Time Between.
Nicolas :
J'ai une culture jazz aussi et c'était mon premier projet. Je n'avais pas forcément le recul ni la capacité d'imposer des choses. Je n'ai pas non plus fait les choses à reculons si tu veux, ça me plaisait. Seulement j'ai réalisé sur le tard que ce n'était pas forcément la direction que je voulais prendre, idem pour les gens qui faisaient partie du groupe et qui sont d'ailleurs toujours mes amis. C'est tout simplement qu'en discutant, on s'est rendus compte qu'on n'allait pas sur les mêmes voies. Je ne pouvais plus continuer à faire quelque chose d'hybride qui n'allait pas contenter tout le monde. Je ne voyais pas comment on pouvait faire un deuxième album comme ça.
 

Etait-ce une frustration ? Apparemment, Overhead première mouture ne correspondait pas trop à tes propres aspirations. As-tu rapidement su que cela n'irait pas plus loin qu'un seul et unique album ?

Nicolas : Non, moi j'étais très enthousiaste par rapport à Overhead. C'est la rencontre avec Chakib qui a été déterminante et qui a révélé mes doutes. Avant de travailler avec le premier groupe, je travaillais tout seul. Avec l'arrivée des musiciens, Christophe Demaret, Jean-Claude Kebaïli et Alexandre Destrez, ça a pris une tournure plus jazz rock effectivement, mais comme c'était une culture que je partageais aussi, ça allait. Au fur et à mesure, surtout avec la scène, je me suis rendu compte que je voulais quelque chose de plus pêchu et de plus intense. Mais déjà le résultat studio me donnait des doutes. De toute manière c'était pour moi une première expérience pour tout. Première expérience studio et première expérience avec groupe. Et toutes les questions que tu te mets à te poser sur un premier album. Dans tous les cas, il était urgent de faire ressentir les choses selon ma vrraie culture.

Qui est rock.
Nicolas : Voilà, et j'ai rencontré Chakib qui partageait cette même culture, puis Richard est arrivé. Richard d'ailleurs à qui j'avais déjà proposé de rejoindre Overhead dès le début, avant le premier album. Mais il était dans le groupe Holden à ce moment là.


 

Tu aurais aussi pu envisager un truc en solo et travailler avec des musiciens additionnels ?

Nicolas : Si je dois faire un truc en solo, je le ferais seul jusqu'au bout y compris sur scène. Mais vraiment, juste pour l'expérience.
Chakib : Tu vois, cette image de chanteur avec musiciens additionnels, et bien c'est en général l'image que les médias essaient de véhiculer d'Overhead..
Nicolas : Alors que Overhead est devenu un groupe à part entière puisque tout le monde compose maintenant. Sur le premier album, j'étais le seul auteur-compositeur et en gros aujourd'hui, les médias continuent à mettre la clanche sur moi. Donc on essaie vraiment de changer ça en ce moment.

Tu parlais de doutes jusqu'à l'arrivée de Chakib. C'était quoi la révélation ?

Chakib : Sur la sexualité avant tout (rires) !
Nicolas : Oui, Chakib m'a révélé !
Chakib : Je t'explique. En fait Nicolas m'a appelé car il avait entendu ce que je faisais avec mon groupe de rock indépendant de l'époque, Vacuum. Il m'a dit "écoute tu es un guitariste génial, je n'ai jamais vu ça de ma vie, je voudrais vraiment qu'on fasse quelque chose tous les deux" (rires). (après un léger fou rire, Chakib reprend ses esprits). Donc il me demande si ça m'intéresse de partager la musique d'Overhead sur la scène en me laissant la liberté de pouvoir réarranger les morceaux et les guitares. C'est ça qui m'a intéressé. Faire guitariste additionnel ça ne m'aurait pas branché du tout.
Nicolas : De toute manière il y avait une place évidente pour ça parce que j'étais le seul à faire de la guitare et j'avais besoin d'arrangements en plus.
Chakib : Voilà, donc beaucoup de scène, beaucoup de réarrangements de morceaux et du coup je suis resté pour le deuxième album.

T'as mis le bordel donc.
Chakib : J'ai un peu foutu le bordel mais de manière passive ! J'étais un déclencheur on va dire.

Nicolas : C'est vrai que sexuellement, je ne sais plus où j'en suis. Tu ne te rends pas compte Chakib (rires).


Et toi Richard, avant Overhead, on t'a entendu avec Holden.
Richard : Voilà, j'ai fait partie du groupe Holden, mais j'ai connu Nicolas il y a longtemps, lorsqu'il est rentré d'Angleterre, c'était avant Overhead. Il m'a présenté ses maquettes, mais comme j'avais d'autres occupations musicales, je ne pouvais rien faire à ce moment-là. J'ai joué dans Holden pendant trois ans et j'avais quelques frustrations aussi, l'envie d'intégrer autre chose...

Holden et Overhead, c'est pas vraiment la même chose.
Richard : Ouais il y a un monde, et pourtant, pas mal d'influences communes, mais on les entend plus dans Overhead et c'est ce que je recherchais. C'est devenu complètement naturel de jouer ensemble.

Alors vous Richard et Chakib, comment vous êtes-vous approprié les morceaux d'Overhead de Silent Witness
?
Richard : C'est super intéressant de reprendre les morceaux du premier album et de les arranger à notre sauce. Il y en a qui ont pris une tournure radicalement différente. Let us be par exemple a complètement changé, You call it love aussi. Ils ont la gueule de ce qu'ils auraient été si on les avait composés aujourd'hui en fait. C'est intéressant de comparer les deux.
Nicolas : C'est tout l'intérêt de la scène maintenant. On retrouve une couleur commune aux deux albums. Je n'ai plus de frustrations. C'est un peu passer à la moulinette tous les morceaux, ramener nos influences et donc faire sonner les choses de manière un peu plus granuleuse et un peu plus tranchante.

Vous parlez beaucoup de vos influences.
Nicolas : Dans la musique, t'es forcé d'avoir des influences, presque de les imiter quand c'est des choses que tu aimes vraiment. Nous, c'est des choses communes comme les Cure, les Smiths, Radiohead par exemple.

Quand on vous voit sur scène, on ressent une petite vague eighties, plus prégnante que sur le disque. Il se dégage aussi une ambiance nostalgique. Me trompe-je ?
Nicolas : Tu dis ça parce que t'as pas vu Vive la Fête sur scène (rires) !

Effectivement non. C'est qui ?
Nicolas : Un groupe fantastique qui retrouve bien les influences des années 80 (rires).
 

Et si je vous dis qu'il y a une petite touche d'ambiance cinématographique dans vos morceaux ?

Richard : Ben tu vois, quand on te parlait de nos influences, Ennio Morricone en fait partie. Nino Rota aussi.

Dans cette optique là, envisageriez-vous éventuellement d'inclure des projections vidéo dans vos concerts ?

Chakib : On y avait pensé, mais pour l'instant il vaut mieux qu'on focalise sur un set vraiment rock, vraiment minimaliste, sans artifice. Mais si on continue à tourner, pourquoi pas y repenser, ça peut être intéressant. Mais à notre niveau, mieux vaut focaliser sur ce qui se passe sur scène, pas derrière. Voilà pour ce qui est des envies visuelles d'Overhead.


A propos d'envies visuelles. Un clip ?

Chakib :
(rires)
Nicolas :
Pour faire des clips, faut du budget. On a fait un clip lors du premier album, avec...pas du budget (rires) !
Chakib :
La tête de Nicolas quand t'as abordé ce sujet, genre "et si on passait discrètement sur la chose" (rires) !
Nicolas :
La seule chose intéressante dans ce clip, c'est que c'est une personne proche qui l'a fait et du coup ça a été fait avec... Amour (rire général) ! Mais sans budget ! Ce qui veut dire qu'au final, ça passe pas sur M6, ce qui veut dire que ça ne passe nul part (rire).
Chakib :
Disons qu'il y a un budget énorme, mais qui n'est pas suffisant. 100 000 balles pour un clip, c'est rien, mais avec cet argent, on aurait aussi pu s'acheter du matos et des trucs vraiment intéressants. Donc pour l'instant, pas de clip.

Pourtant vous êtes suivis. Vous n'êtes pas en autoproduction.
Chakib :
Evidemment, mais claquer 100 000 balles dans un clip, je trouve ça vraiment débile. En plus s'il ne passe nul part, ça ne sert à rien quoi (rires) ! Autant investir dans une journée de studio.
Nicolas :
Je préfère mettre de l'argent dans le développement international en fait. Passer sur M6 à 4h du matin, ça sert à rien. Donc développer l'international, c'est mieux, surtout qu'on chante en anglais, ce serait dommage de passer à côté du truc. On va faire un genre de midem en Hollande en janvier. On va jouer devant des professionnels de toute l'Europe qui viennent acheter. Comment ça s'appelle déjà ce truc...
Chakib :
C'est un nom hollandais, c'est imprononçable.
Nicolas :
Il y a un ou deux groupes par pays, les pro achètent ou pas. Ça peut en tout cas ouvrir des portes pour des licences, pour jouer dans d'autres pays etc... Et l'année dernière, pour te donner une idée, ça a marché pour A.S Dragon.
Chakib :
Cette année on le fait avec Avril.

C'est plutôt bien de revendiquer l'envie de faire de l'international. J'ai l'impression que souvent, c'est un but un peu inavouable. Vous faites partie de ces groupes décomplexés ?

Nicolas :
C'est clair. Mais chanter en anglais, d'ailleurs, n'a jamais été un choix visant l'exportation d'Overhead. C'est avant tout un choix artistique. Donc pourquoi ne pas chercher à jouer ailleurs aussi, puisque de toute façon on ne nous considère pas ici comme un groupe franco-français parce qu'on chante en anglais.
Chakib :
Surtout qu' en France on n'est pas aidés de toute manière. Avec l'histoire des quotas, même si on est un groupe français, on ne rentre pas dans la case.
Richard :
Oui Rock est la seule radio qui nous passe.
Chakib :
L'étranger sera certainement plus favorable à notre développement.

De plus en plus de groupes chantent en anglais. C'est pas trop mal vu ? On ne vous regarde pas trop de travers ? Vous n'êtes pas perçus comme des "vendus" ?

Richard :
"des vendus", carrément (rires) ?
Chakib :
C'est un peu difficile de savoir, il y a toujours un espèce de sourire jaune après le concert. C'est toujours très bien quand un autre groupe vient nous voir et nous dit que ce qu'on a fait était bien. Mais bon, avec la langue de bois, tu ne peux jamais savoir.
Nicolas :
Je pense que ça peut paraître courageux pour pas mal de gens. Il y a pas mal de groupes français qui commencent à décomplexer avec la langue.
Chakib :
Parce que au contraire, c'est plutôt un handicap de chanter en anglais quand tu veux signer.

Les débuts d'Overhead en 2002 correspondent à la période de surmédiatisation des Bénabar, Delerm, Sanseverino et cie. Il n'y avait pas trop de place et/ou d'intérêt pour les groupes français de pop qui ne chantent même pas en français.
Nicolas :
Carrément. Et je précise que les médias focalisent toujours dessus.

D'autres groupes francophones ont osé l'anglais. Citons Laetitia Shériff, Girls in Hawaï ou Ghinzu qui seront là pendant ce festival.

Chakib :
Oui et surtout qu'il y a des groupes qui commencent à le faire bien. Certains peuvent réellement rivaliser avec ce qui se fait en Angleterre. Et je trouve ça normal. Ghinzu par exemple, je trouve ça super bien.

A l'écoute de No Time Between on a la sensation que la boucle n'est pas bouclée, une expérimentation en latence. On reste un peu sur sa faim genre "suite au prochain épisode".
Nicolas :
Et bien il y a un indice en fin d'album, caché, c'est le 14è morceau. Et oui ! Il y a un 14è morceau (rires). Et ça donne une bonne direction artistiquement parlant pour la suite. En fait, c'est assez simple, c'est un des morceaux de l'album, mis à l'envers, dont la bande a été retournée et qui donne une direction intéressante par rapport au chant, à la musique. Je pense qu'on va arriver à des choses un peu similaires. Ce morceau mis à l'envers est difficilement reconnaissable, je te laisse l'écouter et deviner.

Donc déjà des petite idées pour un prochain album ?
Chakib :
On a des choses qui commencent à sortir et qui nous paraissent très bien. Plus éloignées de ce qui s'est fait sur No Time Between.

Plus joyeux ?

Chakib :
Non, moins, justement. Peut-être moins pop.

Quelque chose d'un peu électro ? Votre musique s'y prêterait bien.
Richard :
Tu sais Radiohead le fait déjà très très bien.
Chakib :
Et chez nous, personne n'est vraiment familier avec les machines, donc non, je ne pense pas que ce soit vraiment prévu. Pas pour l'instant en tout cas.

Concernant votre tournée, quelles sont les grosses dates de prévues ?
Nicolas :
Le Café de la Danse à Paris le 28 octobre. La Cigale au mois de mars environ, et puis les Festivals. On va jouer jusqu'à l'été prochain normalement.
Chakib :
Pour l'instant on a le planning jusque début décembre, après, c'est encore en programmation.
Nicolas :
Et un troisième album dépendra des ventes du deuxième parce qu'on est quand même dans une certaine réalité, donc il faut vendre No Time Between et il faut tourner.

Avez-vous l'impression de plus remplir de salles que de vendre d'albums ?

Les trois en choeur :
Oui (rires) !
Chakib :
Et je ne comprends pas d'ailleurs, c'est bizarre. Ce n'est pas logique.

Tu préférerais le contraire ?

Chakib :
Euh... Non, je préfère remplir des salles quand même. Sans nous vanter, par rapport à la première tournée, il y a vraiment plus de monde en général. Donc je ne trouve pas extrêmement logique que les ventes de disques ne suivent pas.
Richard :
Cherche pas, ça télécharge et ça grave...
 


"On retrouve une couleur commune aux deux albums. Je n'ai plus de frustrations"



infos : http://www.overhead-music.com

site de fans : http://talkreal.free.fr
15/10/2004
Julie Marchal