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Paris Combo - Motifs


Interview Paris Combo



 
PARIS COMBO
Motifs


Mâtinant ses mélodies de touches tsiganes sinon orientales ou latinos, Paris Combo s'éloigne quelque peu du Paris canaille que nous lui connaissions pour fricoter avec la world musette et porter d'autant mieux l'étendard pluriel et coloré de la France actuelle. Leur nouvel album Motifs est sorti le 31 août dernier et le quintet est déjà sur les routes.   Belle du Berry ayant des problèmes de voix, elle préférera la préserver pour le concert et nous rejoindra plus tard pour une petite séance de photos. Rencontre avec les quatre musiciens du groupe.


Votre tournée pour l'album Motifs a démarré depuis quelques semaines.

Potzi (guitariste) : Oui, on est en pleine tournée pour l'album qui est sorti le 31 août.
François Jeannin (batteur percussionniste) : On a déjà joué au printemps, c'était l'Avant Tour qui était une mini tournée pour rôder les morceaux sur scène avant de les enregistrer. C'est plus facile pour nous car on est un groupe de scène avant tout. Les morceaux se construisent vraiment sur scène, grâce au rapport avec le public.
David Lewis (pianiste et trompettiste) : On essaie simplement de confronter les chansons et les interprétations en situation de live. Ça aide à les faire mûrir plus rapidement. On aime aller en studio avec le sentiment que les chansons ne sont pas complètement vertes mais qu'elles ont déjà un certain vécu. Les compositions se font en amont et on les présente ensuite au public. On trouve ainsi plus facilement nos marques avant d'entrer en studio.

Comme dans un laboratoire. Vous créez, testez sur scène et vous garder ce qui passe.
François : Oui, ça permet de les rôder.
Potzi : En plus on a enregistré les morceaux en condition live, c'est-à-dire tous en même temps, pour garder au maximum le côté vivant d'une chanson.

Sur cet album, vous avez fait appel à Oz Fritz, producteur qui a travaillé notamment avec Tom Waits ou Primus. Parlez-nous de cette rencontre.

David : C'est moi qui suis allé le chercher. Notre seul critère pour cet album, était de le faire à Paris car on part déjà beaucoup en tournée. J'aime beaucoup le travail de Oz Fritz, notamment ce qu'il a fait sur un album de John Hammond ou Tom Waits comme producteur. J'ai un peu cherché sur internet les studios pour lesquels il avait travaillé. Le contact a été très facilement noué. Ce qui est bien, c'est que deux mois après, nous sommes partis en tournée aux Etats-Unis et donc il a pu venir nous voir sur scène, ce qui est très important.

Qu'y a-t-il de particulier chez lui qui, selon vous, correspondait au son Paris Combo ?

David : Ce qui était bien pour nous, c'est que c'est quelqu'un qui a fait énormément d'enregistrements de musique acoustique. Mais il a aussi, notamment avec des gens comme Bill Laswell, un travail très créatif aux niveaux des mixs et des utilisations des effets. Et en plus, c'est quelqu'un qui fait beaucoup de live avec de nombreux groupes. Ce qui nous correspond bien.

 










 

Vous avez tourné aux USA, notamment au festival de Lafayette en Louisiane, festival de culture française. Êtes-vous aussi invités comme groupe tout simplement, sans l'étiquette exotique de groupe typiquement français ?
Potzi : Tout à fait !
David : Ce qu'il faut dire, c'est que ces dernières années, aux Etats-Unis, le phénomène "world" s'est beaucoup développé. On en trouve dans les programmations de centres culturels et dans des festivals.

Paris Combo est considéré comme de la musique "world" aux Etats-Unis ?
David : Souvent, oui. Comme on ne chante pas en anglais, on entre dans les programmations où il y a toute sorte de musiques. Mais il ne faut pas sous-estimer l'ouverture musicale du public américain.

Et puis il n'y a pas que les Etats-Unis. Vous avez aussi joué en Australie par exemple.
David : Oui, ça c'est un peu dû au fait que je suis australien.

Ce qui facilite les choses ?
David : Un peu, ça a aidé je pense.

Il y a un malgache dans le groupe, Mano. Vous pourriez aussi jouer à Madagascar dans ce cas !
Mano : Oui, mais c'est pas encore fait (sourires). On n'a pas encore eu l'occasion de jouer en Afrique. Pour l'instant, c'est principalement les Etats-Unis, une dizaine de fois. Et trois fois en Australie.
François : Et puis il y a l'Asie et on a aussi fait le Brésil en début d'année.
David : Et puis un peu en Europe. La république tchèque, l'Allemagne, le Portugal...

Sur Motifs, il manquerait selon certains commentaires sur le forum de votre site, le "côté swing jazzy des années 30". Que vous inspire cet avis et êtes-vous d'accord ?
François : Comparé au premier album, peut-être.
David : J'ai vu des posts qui allaient dans ce sens. Je pense que c'est faux. Sur Motifs, il n'y a pas moins de morceaux swing. D'ailleurs il y a un malentendu qui a un peu été répercuté par la presse qui nous considérait comme un groupe faisant du swing des années 30. Dans Paris Combo, ça fait partie des différentes couleurs rythmiques parmi d'autres. Dire qu'il y a moins de swing, c'est mal connaître les albums précédents. Sur Living Room ou sur Attraction, il n'y en a pas plus que dans Motifs. D'ailleurs, avec High, low, in la première chanson,, Motifs ouvre avec un swing, comme le premier album.

C'est-à-dire que finalement, tous les albums de Paris Combo se ressemblent...
David : Oui, vous avez raison.
Potzi : Il y a plein d'influences présentes dès le premier album. Après, dans chacun des albums il y a une panoplie de choses qui coexistent. Et ce qui différencie Motifs des autres albums, c'est qu'il a été enregistré dans un nouveau studio avec un nouvel ingénieur du son.

Mais alors quelles pourraient être les nouveautés chez Paris Combo ? Quand une formule fonctionne depuis tant d'années, est-ce compliqué d' essayer autre chose?

David : Je pense que vous avez raison. C'est plus de l'approfondissement pour nous en tant que groupe. Paris Combo a une identité du fait que tous les cinq ont participé au projet. Opérer un tournant à 90°, c'est pas évident.

C'est une peur ? Un complexe ?
David : Dans beaucoup de groupes de scène française, dans les albums, on retrouve une grande multiplicité de directions musicales. Comme on a notre propre son, certaines personnes peuvent effectivement se dire que ça ne change pas fondamentalement, mais
c'est le champs Paris Combo.

Paris Combo, toujours aussi joyeux et mélancolique à la fois.
David : Oui, et on aime bien que ça danse. Même quand c'est un peu mélancolique, il y a toujours dans les textes de Belle, une envie de rythme et de danse, une légèreté qui accompagne les propos.

 







 

Petite question tordue, dommage que Belle ne soit pas là pour y répondre puisque c'est elle qui écrit les textes. Dans Motifs, notamment dans les chansons Aquarium et High, low, in, il y a des petites références sur le monde dit "moderne" et son côté un peu déstabilisant. Surabondance de diffusion d'images, internet... Vous sentez-vous un peu en décalage avec la rapidité de l'information ?
Potzi : Pour ma part oui, je trouve que ça va trop vite. On n'a plus le temps, mais c'est la vie d'aujourd'hui qui veut ça. C'est toujours vite, vite, vite et on ne prend plus le temps d'apprécier les choses. Et ça, sous prétexte de communication rapide alors que finalement, c'est superficiel.
David : Par rapport aux textes de Belle, comme on disait tout à l'heure, je pense qu'il y a une sorte de commentaire sur l'aliénation qui peut avoir lieu. Et toujours avec cette légèreté et cette manière de dire à la Boris Vian dans La Complainte du Progrès.

Concernant cette aliénation que l'on peut retrouver dans les médias, comment abordez-vous la médiatisation de Paris Combo ?
David : On ne fait pas de télés ou très peu, et essentiellement des émissions musicales.

C'est un choix ou on ne vous invite pas ?
David : C'est un choix. Après, les gens qui viennent vers nous, c'est surtout des gens qui aiment venir nous voir en concert.

La preuve qu'on peut jouer, tourner, durer, attirer du monde en concert sans une énorme couverture médiatique.

David : Bien sûr et on n'est pas les seuls. Prenez l'exemple d'une artiste comme Juliette qui a fait toute sa carrière et qu'on entend très peu en radio.

Lors de vos concerts, avez-vous découverts de jeunes artistes prometteurs ?
David : Je dois dire que l'Avant Tour que nous avons fait au printemps était extrêmement de haut niveau. On a eu des artistes en première partie vraiment très très bien. Anis, le groupe Cabane, pour en citer quelques-uns.

Avez-vous un petit truc à vous avant de monter sur scène ?
François : On boit un coup de rouge et on se dit "bon concert" (rires) !
David : Ça aurait été bien de faire comme les Maoris en Nouvelle Zélande non (rires) ?!?
François : On va faire des hakas ouais (rires) !
David : Mais moi je ne peux pas faire ça parce que je suis australien. C'est ce que eux nous font quand ils jouent contre nous ! Ce serait génial, vous ne trouvez pas ?

(arrivée de Belle)

Dans la chanson Ennemis Siamois, Belle imagine l'amour comme un jeu de hasard où il suffirait de gratter un ticket pour savoir si l'homme rencontré est le bon. Vous les hommes, qu'en pensez-vous ? Avec une femme de tête comme Belle, dur de survivre dans un monde de femmes ?
David Lewis : Je crois que c'est comme un fruit généalogique (rires). On gratte pendant... longtemps.
François : Si on a de la chance, on gratte à vie !
Potzi : Oui, essaye encore !
David : Et on peut toujours trouver des choses inattendues (sourires).





Paris Combo / Motifs (Polydor / Universal)
infos : http://pariscombo.artistes.universalmusic.fr


18/10/2004
Julie Marchal