ILE DE LA REUNION .PRO

L'ALERION D'OR


ALERION D’ORDimanche 20 novembre 2005, 8h. Lorsque j’ouvre les volets, le froid s’engouffre dans la chambre. Il gèle à pierre fendre et le brouillard me laisse à peine entrevoir la maison d’en face. J’ai soudain le désir de replonger sous la couette, rapidement contrecarré par la curiosité : qui, cette année, recevra l’Alérion d’or ? Comme chacun sait, l’alérion est une petite aigle (en héraldique, l’aigle est du genre féminin) sans bec ni pattes. Trois alérions d’argent placés les uns derrière les autres dans une bande diagonale ornent le blason de la Lorraine. L’origine des armes de la Lorraine remonte à 1099, lors de la prise de Jérusalem. Selon la légende, Godefroy de Bouillon, duc de Basse Lotharingie, rallie ses hommes en jetant sa lance vers la tour de David. Il transperce ainsi trois aigles d’un seul jet. Ces trois aigles deviennent les alérions du blason de la Lorraine. Ce n’est donc pas un hasard si le trophée des Masters des Grands Prix des Poètes Lorrains porte le nom d’alérion, d’or bien sûr puisque ce métal représente la plus haute récompense. Mais qu’est-ce donc que ces Masters des Grands Prix des Poètes Lorrains ? Fondée en 1958 par le Berrichon Henri Meillant, la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France) a compté parmi ses premiers comités d’honneur des personnalités des Lettres et des Arts comme Maurice Genevoix, Paul Guth, Léopold Sédar Senghor et bien d’autres. Chaque région a sa délégation et ses concours de poésie. En Lorraine, c’est donc le Grand Prix des Poètes Lorrains qui couronne le meilleur poète de la région sur un ensemble de cinq poèmes dont le thème et la forme sont laissés au libre choix des candidats. En Lorraine comme ailleurs, les poètes sont nombreux et les concours sont très bien fréquentés. Quand on gribouille, prendre l’initiative de participer à un concours littéraire, c’est accepter que des étrangers portent un regard sur ses écrits, c’est se mettre en danger, s’exposer à l’échec, voire à l’humiliation. Lorsque j’ai envoyé des textes pour la première fois à un concours, j’ai eu la bonne idée de n’envoyer qu’un poème en poésie libre et un conte pour enfants. Les deux ont été couronnés. Lorsque, très fière, j’ai annoncé la nouvelle à mon père, il m’a répondu : « Dieu merci, tu n’avais rien envoyé en poésie classique ! » J’ai reçu ce commentaire comme une gifle. Mais Guy Chalumeau n’était pas homme à porter une critique sévère sans l’accompagner d’un judicieux conseil. Il m’a donc proposé de m’aider à améliorer ma technique. « Je pense que tu as des prédispositions. Mais tu ne connais pas les règles. Je n’ai jamais osé te le dire, mais puisque tu te lances dans les concours littéraires… » Pendant plusieurs mois, par courrier uniquement, il devint mon professeur et mon maître en prosodie. J’appris ainsi le sexe des mots (qui n'a rien à voir avec le genre en grammaire), l’alternance des rimes masculines et féminines, les règles de la césure, la traque aux hiatus ; bref toutes les particularités de la prosodie, c’est-à-dire les contraintes de la poésie classique par rapport au néo-classique qui tolère de grandes libertés avec la prosodie et le libre qui n’impose aucune autre contrainte qu’écrire beau et fort (ce qui n’est déjà pas rien !). À force de travail et de pugnacité, après avoir essuyé bien des commentaires mortifiants car mon père était dans le domaine littéraire un monstre de sévérité, d’intransigeance et d’exigence, me reprochant souvent de me contenter de la médiocrité, j’ai fini par maîtriser ces règles. Et je dois bien avouer que je suis rapidement devenue une maniaque de la versification, une accro de la prosodie. Ces règles et contraintes que certains nomment carcan, je les aime. « Maintenant, me dit mon père, libère-toi. Tu connais les règles sur le bout des doigts, elles s’imposeront d’elles-mêmes, tu n’as plus besoin d’y penser en écrivant. Laisse ton âme s’envoler comme tu le faisais avant d’apprendre la prosodie. Tu avais déjà l’inspiration ; aujourd’hui tu as les moyens techniques d’écrire vraiment beau. Tu ne seras jamais Racine ni Lamartine, mais tu as du talent. » Mon père avait l’art de me rabaisser à mon juste niveau sans pour autant m’enfoncer sous terre. Je l’ai parfois détesté pour la rudesse de ses propos, mais je lui dois tous les prix glanés durant cette dernière décennie. Lorsque certains me disent : « Mais pourquoi ne pourrait-on pas faire rimer un mot masculin avec un mot féminin ? C’est stupide ! C’est en tout cas très réducteur ! » Je leur réponds : « Les règles existent pour nous obliger à nous surpasser. Pourquoi un footballeur est-il sanctionné s’il touche le ballon avec la main ? Parce qu’il transgresse une des règles du football. Ce serait parfois tellement plus facile de marquer un but en prenant le ballon dans la main. Mais non, c’est avec le pied que cela se fait. » Tout cela pour dire que participer à un concours littéraire, c’est s’exposer à l’appréciation d’un juge, peut-être pas aussi virulent que mon père, mais qui vous donnera en tout cas le sentiment d’être un génie ou un âne !… Lors des diverses remises de prix, j’ai vu certains candidats terriblement vexés de n’être pas dans le palmarès et « raccrocher la plume » tandis que d’autres, piqués au vif, se mettront au travail et persévèreront jusqu’à obtenir une récompense. Car s’il faut du talent pour écrire bien, il y faut aussi beaucoup de travail et de lucidité. Il faut savoir prendre du recul avec son texte pour pouvoir l’améliorer. Car un poème qui sent la sueur du versificateur n’émouvra jamais aucun juré. Les bons poèmes classiques (puisque c’est ma spécialité) sont ceux dont le lecteur ne se doute pas du travail et des remaniements qu’il a nécessités. Il est en effet très rare qu’un excellent poème soit écrit d’un jet. En poésie comme dans n’importe quel autre domaine, il faut adopter le précepte de Boileau : « Cent fois remets ton ouvrage sur le métier. »… Mais revenons à notre Alérion ! Afin de fidéliser les poètes qui ne peuvent être Grand Prix des Poètes Lorrains qu’une seule fois, la déléguée régionale, Joëlle DI SANGRO, a eu l'excellente idée de créer un prix des Grands Prix. Ainsi donc, chaque année, les lauréats des années passées sont mis en concurrence. Et c’est un vrai bonheur que de savoir les autres candidats sur un même pied d’égalité. Car il faut bien admettre que tous les jurés de poésie classique ne sont pas à la hauteur de leur tâche et j’ai vu dans certains concours des poètes couronnés Premier Prix de poésie classique alors même qu’ils n’avaient manifestement de la prosodie qu’une très vague idée, certains allant même jusqu’à ignorer ce terme ! Rien de tel à la SPAF puisqu’il n’y a pas de distinction de genre. Cependant, la plupart des Grands Prix écrivent en classique et en bon classique. Nous étions donc réunis ce dimanche matin dans la salle des mariages de l’Hôtel de ville de Nancy. Heureux de nous retrouver, nous échangions quelques propos en attendant l’heure H. Joëlle DI SANGRO avait imprudemment confié son discours à un journaliste parti pour un autre reportage. Elle prit le micro et nous livra, de mémoire, les belles phrases concoctées la veille. Elle n’avait rien à craindre, nous étions entre nous et l’ambiance était bon enfant. Puis le président de la SPAF, Jean-Claude GEORGE, prit la parole et nous attendions tous le verdict. And the winner is… Euh, non, nous n’étions pas aux Oscars !!! « Le lauréat de l’Alérion d’or 2005 est une lauréate : Isabelle CHALUMEAU ! » C’était moi ! J’étais sonnée, surprise et terriblement émue ! J’avais décidé de réaliser un reportage sur ce concours sans me douter que je serais à l’honneur. Je n’ai pas boudé mon plaisir ! Chacun a déclamé un ou deux poèmes, puis nous avons traversé la Place Stanislas magnifiquement restaurée pour aller déjeuner aux Césars. Nous restions décidément dans les distinctions honorifiques !!! Poètes lorrains qui lisez ce reportage, n’hésitez pas à demander le règlement du concours de la SPAF. Nous serons heureux de vous accueillir parmi nous. Pour cela consultez mon site. Isabelle Chalumeau (écrivain public) ZAZ-ECRITOIRE BP 30125 54715 LUDRES Tel : 06.70.35.05.76 e-mail : ichalumeau@free.fr


Jean-Claude GEORGE, président de la SPAF depuis 1993, a été Grand Prix des Poètes Lorrains en 1971. Secondé par son épouse, Claudine REMETTER-GEORGE, il est également Directeur-Rédacteur en Chef de la revue internationale de Culture Française ART & POESIE.
Joëlle DI SANGRO, déléguée de la SPAF région Lorraine, a elle-même reçu le Grand Prix des Poètes Lorrains en 1989. Ce dimanche 20 novembre 2005, une farce involontaire de la part des journalistes l'a obligée à se produire sans filet ! Elle s'en est très bien sortie, avec son sourire et sa grâce habituels.
Jean-Jacques CHIRON de Longuyon, comptable (ce qui ne l'empêche pas de très bien manier le verbe !) a obtenu le Grand Prix des Poètes Lorrains en 1999 ainsi que de nombreuses autres récompenses dont le Prix Voltaire du Cercle Littéraire de Graffigny de Lunéville et le 1er prix de poésie classique du concours de la Mirabelle Académie Léon Tonnelier de Nancy. Il a publié un recueil intitulé Résonance et participé à des anthologies.

Marilène MECKLER de Senones, directrice d'établissement de santé, écrit depuis 1995. Je la connais depuis ses débuts où elle préférait s'exprimer en poésie libre. Et puis un jour, elle a décidé de se colleter avec les règles de la prosodie et a été rapidement récompensée de ses efforts. A son palmarès, parmi d'autres récompenses : Grand Prix de la ville de Dombasle en 1999, Grand Prix des Poètes Lorrains en 2001, Grand Prix de la Vallée des Rois en 2002, Grand Prix à Reims en 2002, Grand Prix à Troyes en 2003, Alérion d'or en 2003, 1er prix de poésie classique à.... J'arrête là, la place me manquerait pour citer tous les titres de Marilène qui écrit une très belle poésie sur ses thèmes favoris : les voyages et les femmes dans le monde.
Armand BEMER, Mosellan, Grand Prix des Poètes Lorrains en 2004. C'est "le petit dernier" mais un grand poète qui sera certainement distingué par l'Alérion d'or (pour lequel il pourra concourir dès l'année prochaine) dans les années à venir.
Serge LAURENT de Marly, retraité de l'Armée de l'Air. Il a obtenu sa première distinction à un concours littéraire en 1970 et beaucoup d'autres depuis dont le Grand Prix des Poètes Lorrains en 1996. Il a publié des poèmes dans des revues et deux recueils intitulés Un chant du monde et Errance nostalgique

Gérard Dalstein, chef du bureau des finances de l'Etat à la préfecture de Nancy et chargé de la commande publique, a reçu le Grand Prix des Poètes Lorrains en 1983. Il écrit depuis l'enfance. Il réalise son premier recueil écrit à la main et illustré à l'âge de onze ans. Maîtrise de philosophie en poche, il s'engage dans l'enseignement en 1970. Ses autres domaines d'activités publiques, poésie mise à part, concernent principalement : - la recherche en matière d'histoire de l'industrie du fer, avec l'édition d'une série d'ouvrages de fond dont trois tomes sont déjà parus et un quatrième est en cours. Le premier, intitulé "Les Chantiers du fer. Tome 1. La conquête du fond", obtint le prix de l'Académie nationale de Metz et le prix Thierry Alix. Le tome 2 "L'aube des hauts-fourneaux" a reçu le prix de l'Académie de Stanislas en 2000. - la protection, la restauration et la mise en valeur du patrimoine industriel, avec études, projets, maquettes pour des musées etc. - la formation humaine (engagement durant 15 ans dans la création et le développement d'un centre de formation en Haute-Marne). A tout cela s'ajoute le projet d'édition d'un recueil général des poètes lorrains qu'il va commencer à mettre en chantier en 2006. Avec toutes ces activités, la poésie personnelle est un peu délaissée et Gérard espère s'y consacrer davantage à la fin de son temps professionnel, soit dans deux ans !
Me voilà, à mon tour, détentrice de l'Alérion d'or. Et ce titre, contrairement à celui de Grand Prix des Poètes Lorrains, est renouvelable chaque année !...