ILE DE LA REUNION .PRO

ARCHITECTE D'INTERIEUR


Il semble important de faire le point sur ce métier car nombre de fausses informations circulent le concernant.

Installé  à mon compte depuis une quinzaine d'années, je reçois de plus en plus de demandes d'information, de demandes de stages, voire de formations ou d'apprentissage.

Il me semble important de faire le point sur ce métier car nombre de fausses informations circulent le concernant.

 

Tout d'abord, c'est quoi un architecte d'intérieur?

 

L'architecte d'intérieur comme son nom l'indique intervient sur les espaces intérieurs, qu'il s'agisse d'espaces construits ou d'espaces neufs, qu'il s'agisse d'espaces publics ou d'espaces privés.

Au sein du bâti, l'architecte d'intérieur peut intervenir sur tout ce qui constitue l'aménagement ou le réaménagement des lieux: gros-œuvre (si cela s'avère nécessaire), chauffage, électricité, plomberie, plâtrerie, menuiserie, etc…

 

Mais alors en quoi diffère le travail d'un architecte d'intérieur de celui d'un architecte DPLG?

 

La façon de travailler est identique, le processus de conception puis de maîtrise d'œuvre se déroule selon les mêmes étapes et les mêmes passages obligés.

Mais la formation d'un architecte d'intérieur est sensiblement différente. Si les jeunes architectes d'intérieur reçoivent des cours de construction, d'histoire de l'architecture, des arts, de philosophie, de sémiologie il reçoivent également une formation en design, ce qui conduit actuellement nombre de jeunes diplômés à exercer dans ces deux domaines.

Cette formation ajoutée à l'expérience leur permet d'appréhender avec professionnalisme l'espace intérieur et toutes ses composantes: ergonomie, lumière, son, perception, enjeux de communication, enjeux de management, etc…

 

Donc, l'architecte d'intérieur serait complémentaire de l'architecte DPLG?

 

Sans aucun doute. L'acte de bâtir se complexifie, le rôle de l'architecte même évolue et rares sont aujourd'hui les missions ou l'architecte intervient seul. L'architecte d'intérieur trouvera sa place dans ces missions ou l'architecte sera moins une star qu'un manager d'équipes pluridisciplinaires. L'architecte d'intérieur apporte de la qualité au même titre que tous les spécialistes dans un univers au sein duquel  "responsable qualité" est devenu un  métier.

Mais un architecte d'intérieur, n'est-ce pas plutôt un décorateur?

 

Il y a bien longtemps, certains professionnels ne voulaient voir en nous que des "accrocheurs de rideaux" des "décorateurs" au sens où un décorateur serait censé ne pas intervenir sur le fond (le bâti) mais sur la forme (le décor). Le décorateur ne résoudrait donc pas une problématique d'architecture mais une problématique de "carton pâte" non noble.

Même si je considère que "décorer" n'est pas déchoir, l'architecte d'intérieur ne peut être vu comme un décorateur au sens où justement il intervient sur le "sens" des espaces et n'hésitera pas à restructurer là où le "déco" masquera.

Par ailleurs, un architecte d'intérieur  digne de ce nom, est un maître d'œuvre qui travaille avec des assurances spécifiques et notamment une  "RC", une décennale et selon une procédure identifiable.

 

Identifiable? Il existe un ordre, un organisme de contrôle de la profession?

 

Non, les architectes d'intérieur ne disposent pas d'un ordre. Cependant dans la fin des années soixante dix le Conseil National de l'Ordre des Architectes s'est inquiété de la montée en puissance de cette nouvelle profession et cela à juste titre: le mot "architecte" doit correspondre à certains critères d'exercice  professionnels, ne serait-ce que pour protéger le client, "le maître d'ouvrage."

Ainsi en 1981 Le SNAI (syndicat National des Architectes d'Intérieur) et  le CNOA décident de créer l'OPQAI (Organisme Professionnel de Qualification des Architectes d'Intérieur)

Le rôle de l'OPQAI est de vérifier la formation et l'exercice des professionnels qui se soumettent à son contrôle.

Une charte de droits et devoir des architectes d'intérieur est élaborée et sert de socle à la profession.

en 2000, l'OPQAI est devenu CFAI (Conseil Français des Architectes d'intérieur):, l'Ordre des architectes se retire estimant cette association suffisamment mature.

A ce jour, les commissions de qualification comprennent toujours des architectes DPLG et des architectes d'intérieur certifiés compétents.

 

Comment obtient-on cette qualification professionnelle?

 

(Voir le site internet du CFAI : www.cfai.asso.free.fr)

 

De façon simple, la qualification se passe en trois phases:

Administrative: justification de la formation, des diplômes, du mode d'exercice, des assurances professionnelles

Technique: le postulant doit envoyer plusieurs dossiers complets de réalisations qui sont examinés par des rapporteurs techniques.

Orale: le postulant est invité en final à présenter son dossier devant une commission composée de professionnels reconnus.

A l'issue de ces trois phases, le postulant est:

-          certifié

-          invité à compléter son dossier

-          rejeté.

 

Si j'explique tout cela c'est qu'il existe actuellement une grande confusion sur ce métier jeune autorisant toutes sortes de dérives au milieu desquelles les maîtres d'ouvrages ne savent plus qui est qui.

Non, l'architecte d'intérieur n'est pas un commerçant, il exerce sous le code NAF 742A, non l'architecte d'intérieur n'est ni une entreprise générale, ni une entreprise d'agencement. L'architecte d'intérieur est une profession libérale rémunérée par honoraires facturés à ses clients.

Actuellement la charte de l'enseignement mise en place par le CFAI décerne des diplômes d'architecte d'intérieur à BAC+5 reconnus par l'éducation nationale.

Non un BTS "design d'espace" n'est pas suffisant pour prétendre être architecte d'intérieur.

 

Ceci posé, et que le lecteur me pardonne ce long préambule, l'essence du métier et sa noblesse réside dans le fait que l'architecte d'intérieur raisonne et travaille son architecture à "hauteur d'individu".

 

Travailler sur "l'intérieur" c'est travailler aussi sur l'intériorité. On ne sais pas assez combien nos intérieurs nous ressemblent, combien la négociation des espaces est révélatrice de notre relation aux autres, au monde.

 

Cela est aussi valable dans le domaine privé que dans le domaine semi public de l'entreprise ou public des administrations.

 

Un état des lieux en entreprise vous donne un très bon aperçu des relations en son sein, des conflits, des sympathies, des méthodes de management, de la relation de l'entreprise avec l'extérieur, de son état d'esprit.

 

De même, travailler sur un espace privé c'est obligatoirement dialoguer avec ceux qui l'habitent ou qui vont l'habiter, c'est prendre le risque de générer ou faire ressortir des conflits latents, L'architecte d'intérieur doit alors faire preuve de discrétion, de tact, de subtilité. Sans dire que le projet serait une "thérapie" mot trop à la mode pour être honnête, il n'en est pas moins vrai que dans la cellule familiale "se mettre en projet" sur un aménagement intérieur peut être une façon concrète de matérialiser une ou des difficultés et de la résoudre de façon non moins concrète à travers l'espace et la forme. Il en est de même, de façon plus "sociale" pour l'espace public.

 

Nous avons sans doute oublié nos racines, et combien notre animalité s'investi dans l'espace, combien celui-ci est l'objet d'enjeux de toutes sortes même en terme aussi simples que celui des surfaces. On attribuera à tel ou tel, selon son pouvoir, sa place, sa fonction, ses besoins plus ou moins de "surface". A tout cela l'architecte d'intérieur qui travaille au plus près de l'humain se doit d'être sensible au risque d'imposer ses propres fantasmes, ce dont personnellement je n'aurais rien à faire en tant que client.

Un projet est bon quand les clients parviennent à y trouver leur "marques".

 

Oserais-je dire, qu'une bonne architecture rend heureux celui qui y vit?

 

Quand bien même les revues nous abreuvent de tendances, de branchitude, d'indispensables, de modes même dans l'architecture, la composition du projet au plus près du maître d'ouvrage contribue à lui donner son originalité sa particularité, sa singularité: puisque le projet me ressemble un peu, l'architecture dans laquelle je  vis devient alors mienne. Dans ce sens, elle ne ressemble à aucune autre.

L'architecte d'intérieur influe son client et le client influe l'architecte. Il s'agit alors d'une composition à plusieurs d'où disparaît peu à peu cet "ego" qui gangrène parfois les plus belles intentions.

 

Ainsi l'espace inventé, l'espace créé prend du sens pour ceux qui y vivent. Osera-t-on alors parler d'osmose? Pourquoi pas? l'espace et son habitant se nourrissent mutuellement et dialoguent.

 

Dans ce monde fort bavard et prompt à n'entendre que celui qui prend la parole, il nous faut apprendre ou réapprendre à écouter ce que nous disent les lieux, comment nous parlent les objets, et parfois leurs discours sont plus puissants "qu'un long discours".

L'espace, lui aussi a besoin de silences, de musiques, d'échanges.

 

La lumière, l'obscurité, la sonorité, les rapports colorés, les espaces vus, les espaces devinés, la molesse ou la dureté d'un sol, les niveaux, les passages tout cela est un vocabulaire à disposition de l'architecte d'intérieur.

Il l'utilise pour donner forme à des sensations, induire des parcours, générer des perspectives, en somme, rendre vivants les espaces qu'il invente.

 

Cette approche poétique n'exclue nullement, l'approche pragmatique, fonctionnelle des lieux qui vient le plus souvent en amont et détermine le cadre au sein duquel l'architecte d'intérieur intervient.

 

La redécouverte d'une approche fort ancienne comme le Feng-Shui, l'intérêt grandissant que manifestent les français pour la "qualité de vie" dans tous ses aspects, la recherche et la nécessité de durabilité, le besoin dans un monde dur et mouvant de préserver des espaces régénérateurs ou protecteurs, le vieillissement de la population avec tout ce que cela impliquera d'adaptations, l'irruption de modes de vie inédits, tout cela me laisse à penser que l'architecte d'intérieur, dispose d'un bel avenir pour peu qu'il soit à l'écoute et qu'on sache, donneurs d'ordre publics ou privés le solliciter à bon escient.

 

Bernard MEIGNAN architecte d'intérieur CFAI