ILE DE LA REUNION .PRO

FRET,


 

FRET,
une expo en mouvement

 

Au Garage, cinq jeunes artistes, la plupart venant des Beaux Arts de Nancy, se sont rassemblés pour l'exposition "Fret" qui débute le 7 septembre. Le compte à rebours a commencé, progressivement les oeuvres investissent les lieux. Une exposition étonnante d'art contemporain dans un espace pour le moins surprenant. A découvrir...



Depuis maintenant trois ans, l'OPAC de Meurthe et Moselle prête généreusement son garage, pendant l'été, à une association qui a transformé ce lieu en une galerie d'art improvisé. La structure du Garage a séduit François Moulin, président de l'association du même nom, qui y a vu l'occasion de montrer au grand jour des créations contemporaines.

Arts décoratifs, designers et ferronnerie d'art en 1999, carte blanche à des artistes sur le thème de l'Utopie en 2000, en seulement deux saisons, le Garage est devenu un lieu culturel reconnu tant par ses partenaires que par son public. 6000 visites par événements ; vu l'originalité du concept de "Fret", ce chiffre devrait augmenter. Le Garage est un lieu exigeant en matière de présentation des oeuvres ; il s'agit d'un endroit qui doit privilégier la recherche artistique pour devenir, pourquoi pas, un atelier.


Les cinq artistes à l'honneur, bien qu'aux personnalités différentes, sont en parfaite symbiose pour cet événement. Ils sont tous en transit car la plupart d'entre eux sont sur le point de quitter Nancy ou l'ont déjà fait. "Fret" est pour eux l'occasion de se réunir. Chacun d'entre eux travaille à sa manière sur ce que la société rejette en général. Déchets, restes de nourriture, morceaux de bois ou de charbon, tous ces matériaux pauvres sont exploités pour leur donner un sens. "L'exposition Fret est créée sur l'espace. L'originalité du concept, réside dans le fait que les artistes travaillent directement sur place. Ils ramènent leurs matériaux et créent leurs oeuvres en adéquation avec l'environnement du Garage. Evidemment, ces oeuvres sont éphémères ; il y a une dimension de dégradation au fil du temps", souligne François Moulin.

"Tout est basé sur l'idée du mouvement. D'où le terme "Croisements" qui est le thème de l'exposition." ajoute Céline Riotte, chargée de la programmation artistique. "Ces notions sont multiples. Vidéo, photos, peintures, sculptures se croisent ; la présence du bunker et la présence du ballet le 21 septembre participent à l' idée de mouvement. En bref, on mise sur l'interdiscipline et l'interactivité pour aborder différemment l'art contemporain. Les artistes seront présents pour accompagner le public et l'aider à trouver les clés".


Cinq artistes en symbiose


Pour Marie Niollet, "Fret" est l'occasion de donner une vision globale de son travail effectué pendant un an, entre Varsovie, Cracovie et Vienne. Il s'agit d'un travail en trois temps, réalisé lors d'un projet d'exposition itinérante "Artists on Location - Artists in motion". Mais sa grande nouveauté, à l'occasion de l'exposition du Garage, ce sont les portraits de la collection "Bombance", inspirés de photographies. "Je voudrais créer un face à face entre la toile et le spectateur. J'insiste surtout sur la bouche, toujours fermée, et le regard pénétrant qui ressortent davantage".




Le projet d'Etienne Boulanger se situe à Berlin. Selon une loi allemande aujourd'hui annulée, tout espace inexploité peut être approprié à condition de le réhabiliter en trois mois. L'objectif d'Etienne est de se réattribuer ce droit, en usant de stratégie pour mener à bien son projet. En se basant sur une carte représentant la rénovation de Berlin Est, il repère tous les lieux inexploités afin de construire son habitat éclaté à l'échelle de la ville. Lorsqu'il a localisé un bâtiment, il le photographie ; résultat, près de 900 pièces archivés. Ce travail minutieux est effectué à l'intérieur d'un bunker, genre de laboratoire de recherche, exposé au Garage. L'espace est limité puisqu'il est adapté à son corps. Aussi, dans un espace confiné, on peut y découvrir la carte de Berlin, les archives, une vidéo...




La confrontation entre l'oeuvre et le spectateur est un fondement du travail de Katia Gagnard. Elle utilise des dispositifs simples qui permettent d'impliquer concrètement le corps dans et avec l'objet. Pour Fret, elle pose trois plans de bandes de charbons de bois en oblique contre le mur. Le procédé est ingénieux et les effets multiples. D'une part, le fait que les plans soient ajourés crée un jeu de lumière entre le noir et le blanc sur le sol et contre les murs. D'autre part, on peut passer entre la construction et les plans de charbon, ce qui provoque, toujours grâce à la lumière, un effet trombinoscope.




L'oeuvre d'Emmanuel Baud est sans conteste la plus imposante de l'exposition, car elle se trouve au centre du Garage. La sculpture, qui descend de la verrière jusqu'au sol est un assemblage de bois tenu par des bandes de toile de jute plâtrées. C'est un corps informe dans lequel le regard du public se perd, mais c'est fait exprès. "On ne sait pas trop où est le début, où est la fin de l'architecture, mais on ressent toute l'énergie qui se libère de ce déploiement dans l'espace".




Tina Hauser est une artiste suisse, invitée par Katia Gagnard. Etonnant à première vue, son travail fait pourtant réfléchir et offre une jolie métaphore de notre mode de vie actuel. Les oeuvres qu'elle expose sont issues de son projet "Garden of Pleasures". Son art consiste à se rendre dans les usines d'incinération et de photographier les déchets qui, une fois entassés, se présentent comme des sculptures. Après incinération, Tina récupère les résidus, les comprime et les stocke sous forme de blocs. Ca ressemble tout simplement à des blocs de bêton et on pourrait imaginer la construction de bâtiments avec ces matériaux. Utopie ? Tina a également ramené une vidéo nous montrant le processus de son travail. On peut la voir dans des containers où s'accumulent cartons d'emballage, reste de repas, bouteilles de gel douche et autres choses ragoûtantes.

 


Le Ballet de Lorraine, invité d'honneur


Afin d'honorer et de poursuivre l'idée de mouvement dans l'espace et de croisements entre les arts, la grande surprise est l'intervention du CCN-Ballet de Lorraine pour la clôture de l'exposition. Didier Deschamps, directeur du Ballet, qui est venu plusieurs fois au Garage est ravi de pouvoir rencontrer un public en dehors du cadre traditionnel de l'Opéra. Les chorégraphes Yarmo Penttila et Christophe Béranger, sur une musique de Bruno Billandeau nous ferons cadeau d'installations chorégraphiques, déjà existantes, mais réadaptées pour le Garage. Impatient, Didier Deschamps exprime l'envie de voir comment une même danse peut évoluer différemment selon les événements.
"La danse est un art qui de tout temps a été en dialogue avec les autres disciplines artistiques, comme par exemple à l'époque des ballets russes. Notre désir d'approcher un nouveau public, dans des circonstances inhabituelles correspond au contexte du Garage qui à l'occasion de cette exposition rassemble toutes les formes d'art".


On l'aura compris, tout le monde peut s' y retrouver. Peintures, sculptures, vidéos, danse etc, "Fret" offre un large panel de disciplines artistiques qui savent s'unir sur un même thème et dans un même objectif. Le Garage est un lieu convivial qui, exceptionnellement cette année, ouvrira ses portes jusqu'à la fin du mois d'octobre. De quoi débuter sa rentrée de bon pied !

 

FRET, du 07/09/2001 au 21/09/2001
Vernissage le 07/09/2001 à 18h30.
Intervention du CCN - Ballet de Lorraine le 21/09/2001 à 20h30.

Le Garage : 16, rue de Serre (cour intérieure) à Nancy
ouvert du mardi au dimanche de 14h à 19h.
entré libre


Julie MARCHAL